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Chemin de fer Bamako–Kayes : à quand le retour du train sur les rails ?
Publié le vendredi 14 aout 2026  |  Le Wagadu
Relance
© aBamako.com par MS
Relance du trafic ferroviaire Bamako -kayes
Bamako, le 13 juillet 2022. Le ministre des Transports et des Infrastructures a procédé au lancement à la gare ferroviaire de Bamako de l`essai du train voyageurs entre Bamako et Kayes
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Un train a récemment circulé sur les rails ravivant l’espoir des usagers. Trois ans après une coûteuse relance, la pérennité du service voyageur reste toutefois à confirmer.

Le sifflement du train a de nouveau retenti sur l’axe Bamako–Kayes à la faveur d’un essai organisé en fin juillet 2026. L’événement a suscité un réel soulagement dans les localités traversées, où le chemin de fer représente à la fois un moyen de transport populaire, un débouché commercial et un lien historique avec la capitale.

Cette circulation ponctuelle marque une évolution encourageante après une longue période d’incertitude. Elle ne constitue cependant pas encore la preuve d’une reprise régulière. Aucun calendrier public durable, précisant les jours de départ, les fréquences, les tarifs et les conditions de réservation, n’accompagne pour l’instant ce retour sur les rails.

Pour les habitants de Kayes, Kita, Bafoulabé, Mahina et des nombreuses localités riveraines, la question dépasse largement le symbole. La suspension prolongée du trafic a renforcé la dépendance à la route, avec des déplacements souvent plus coûteux et plus pénibles. Elle a également affecté les petits commerçants, restaurateurs, transporteurs et vendeurs qui vivaient en partie de l’activité des gares.

Près de 10 milliards de FCFA pour une reprise vite interrompue

Le trafic régulier de voyageurs entre Bamako et Kayes avait officiellement repris le 9 juin 2023, après cinq années d’arrêt. L’événement avait été présenté comme l’aboutissement d’un important effort national et comme une réponse aux attentes des populations de l’ouest du pays.

Près de 10 milliards de FCFA avaient été mobilisés dans le cadre du plan d’urgence de relance. Les travaux comprenaient notamment la réhabilitation de 19 gares, le confortement des ponts de Galougo, Mahina et Toukoto, l’acquisition de pièces de rechange ainsi que la remise en état de locomotives, de voitures, de fourgons et de générateurs. Des conducteurs, aiguilleurs et agents de gare avaient également été formés.

L’espoir a été de courte durée. Le 24 novembre 2023, le train n°15, qui transportait 410 passagers entre Kayes et Bamako, a déraillé à environ neuf kilomètres de la gare de Mahina. Aucun voyageur n’avait été blessé, mais deux agents de la Société de patrimoine ferroviaire du Mali avaient subi des blessures légères. Informations en direct

Depuis cet accident, le trafic n’a pas retrouvé une régularité clairement établie et accessible au public. La question n’est donc pas de nier l’investissement réalisé ni les efforts techniques consentis. Elle est de comprendre pourquoi une remise en service aussi coûteuse n’a pas encore débouché sur une exploitation continue, prévisible et durable.

Les autorités gagneraient à rendre publiques les conclusions techniques relatives au déraillement, l’état actuel de la voie, le coût des réparations engagées depuis novembre 2023 et les garanties de sécurité exigées avant toute reprise complète. Ces informations permettraient de mesurer ce qui a été corrigé et ce qui reste encore à faire.

Un voyage spécial ne fait pas encore un service régulier

Le récent voyage Bamako–Kayes constitue un signal positif. Un reportage consacré à cette circulation spéciale la présente comme une opération organisée pour répondre à l’attente des voyageurs. Mais une liaison ferroviaire ne peut durablement reposer sur des voyages exceptionnels annoncés au cas par cas.

Un service public régulier suppose un calendrier connu, des billets accessibles, des départs respectés, un dispositif permanent de maintenance et une information fiable des passagers. Il implique également une programmation budgétaire permettant d’entretenir la voie, le matériel roulant, les gares et les ouvrages d’art au-delà des opérations ponctuelles de remise en état.

L’absence d’un calendrier clairement annoncé entretient l’incertitude. Les voyageurs ignorent si le trajet spécial ouvre la voie à une reprise hebdomadaire, bimensuelle ou simplement occasionnelle. Les acteurs économiques établis le long de la ligne ne peuvent pas davantage organiser leurs activités autour d’un service dont la fréquence reste imprévisible.

La relance du train revêt pourtant une importance particulière pour un pays enclavé comme le Mali. La voie ferroviaire Bamako–Kayes forme la partie nationale de l’ancienne ligne Dakar–Bamako, un axe historique qui pourrait contribuer à diversifier le transport des personnes et des marchandises, à réduire la pression sur les routes et à soutenir les économies locales.

Le Sénégal poursuit de son côté ses projets de modernisation ferroviaire vers Tambacounda. Cette dynamique rappelle l’intérêt stratégique d’une vision concertée à long terme, même si le rétablissement intégral de la liaison internationale reste un chantier beaucoup plus vaste.

La priorité immédiate demeure toutefois nationale. Après les milliards investis, les années d’attente et les espoirs suscités par le voyage spécial de juillet 2026, les populations ont besoin d’une feuille de route précise. Elles doivent savoir quand le train circulera, à quelle fréquence, dans quelles conditions de sécurité et avec quelles garanties de continuité.

Le retour ponctuel du train mérite d’être salué. Sa véritable réussite se mesurera néanmoins lorsque les usagers pourront se rendre à la gare en ayant la certitude qu’un train les attend, et non le simple espoir qu’un nouveau voyage spécial soit annoncé.

Cheick Bougounta CISSE
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