Amadou Toumani Touré (ATT) était-il vraiment sur le point de quitter le pouvoir comme il n’avait cessé de la répéter ? L’insistance des membres du gouvernement à continuer à parler de l’organisation du scrutin y compris au Nord, alors même que la rébellion gagnait du terrain à partir de mi- janvier, avait d’ailleurs provoqué la colère des populations de Gao.
Les avis divergeaient à Bamako, après le coup d’État sur le degré de préparation de l’élection, notamment celui des listes électorales et sur les intentions réelles d’ATT. Un débat avait émergé au sein de la classe politique sur l’opportunité de forcer la marche vers les élections malgré l’état de guerre, précisément pour doter le pays d’un président élu qui disposerait d’une légitimité nouvelle et forte, afin de répondre au défi posé par les groupes armés au Nord.
D’autres estimaient cependant qu’il fallait d’abord défendre fermement l’intégrité du territoire avant d’organiser l’élection. Un troisième camp évoquait le risque d’un vide constitutionnel et la nécessite de rechercher rapidement un consensus politique. Mais la perte successive des villes du Nord a accentué le doute de certains officiers subalternes et d’hommes de rang sur la capacité du pouvoir central à contenir la rébellion qui gagnait tous les jours le terrain.
Révoltés sur la manière dont les opérations se poursuivaient, ces militaires sous la conduite du capitaine Amadou Haya Sanogo décidèrent de renverser le régime du président Touré, le 22 mars et créèrent le CNRDRE (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État). En réalité, ce putsch n’a fait qu’accélérer la désorganisation de l’armée et la chute de toutes les villes du Nord.
Source: Extrait de «Le conflit touareg et ses enjeux géopolitiques au Mali»