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Robert Bourgi vide son sac : Françafrique, trahisons, et le réveil brutal du Sahel
Publié le mercredi 2 septembre 2026  |  Autre presse
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Il fut l’un des derniers confidents des présidents africains, l’avocat français qui connaissait tous les coffres-forts et tous les secrets de la Françafrique. Aujourd’hui, Robert Bourgi, ex conseiller de Giscard et de Sarkozy, lâche une bombe : il ne se contente plus de murmurer, il vocifère. Dans un entretien sans filtre accordé à Abdoulaye Diallo, l’homme qui a côtoyé onze chefs d’État africains déroule le tapis rouge des coulisses franco-africaines et lance un avertissement solennel à la nouvelle génération.

En 2011, Bourgi a décidé de tout balancer. Pas par repentir, mais par lucidité. « Avec l’âge, j’ai compris que c’était à moi de jeter la première pierre », assène-t-il. La raison ? Le financement occulte des partis français par les dirigeants africains. Il ne mâche pas ses mots : « Cet argent aurait dû servir à construire des hôpitaux, des écoles, des routes. Pas à acheter des ministres à Paris. »

Pour lui, la Françafrique n’est pas une légende, c’est une machine à vider le continent. Et le vice le plus vicieux, c’est ce chantage à la survie politique où les présidents africains payaient pour garder leurs fauteuils sous l’œil bienveillant de l’Élysée.

Bourgi ne cache pas ses affections. Il voue un respect quasi filial à Omar Bongo, le « sage » du Gabon. Mais sur son fils, Ali Bongo, le ton est cinglant : « Sous lui, l’influence du Gabon a fondu comme neige au soleil. » Il salue néanmoins le général Brice Clotaire Oligui Nguema, issu du coup d’État, en espérant qu’il apporte un souffle démocratique – avant de préciser, amèrement, que leurs contacts ont cessé après la prise de pouvoir.

Il évoque avec tendresse Houphouët-Boigny et Alassane Ouattara, en Côte d’Ivoire, ainsi que son « frère » Abdou Diouf au Sénégal. Un réseau d’amitiés qui traverse les décennies, mais qui, selon lui, n’a pas empêché la France de commettre des erreurs stratégiques monumentales.

Sur le Mali, Bourgi est brutal. Il balaie les discours diplomatiques : « Notre armée et notre haut commandement n’obéissaient qu’à un seul impératif : défendre les intérêts de la France, avec ou sans l’aval des autorités locales. » La raison du départ ? Un « malentendu profond » entre Paris et les nouveaux dirigeants maliens, et une accumulation de tensions politiques.

Pas de remords dans sa voix : il constate l’échec. La France a plié bagage parce que les militaires maliens ont dit « stop ». Une humiliation stratégique que Macron a dû avaler en annonçant la fin de Barkhane. Bourgi ne pleure pas sur le départ, il le justifie par la réalité du terrain.

Pour Bourgi, la création de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) n’est pas un caprice de militaires, c’est « une nécessité absolue ». Face aux branches d’EIGS et du JNIM, l’union est vitale. Il va plus loin : « La Guinée ou le Tchad pourraient un jour s’inscrire dans cette dynamique. »

Mais il hausse le ton pour un avertissement sans équivoque : « Derrière la déstabilisation du Niger, je vois des acteurs extérieurs. Les dirigeants de l’AES doivent être extrêmement vigilants. » Sous-entendu : la guerre n’est pas seulement terroriste, elle est aussi géopolitique, et des puissances étrangères jouent leurs cartes dans l’ombre.

En évoquant la question du FCFA, l’avocat n’y va pas par quatre chemins : la Côte d’Ivoire est le « pilier central » de l’UEMOA, et sans elle, le franc CFA tiendrait déjà moins. Il concède que la monnaie a été un « bouclier contre l’inflation », mais la parenthèse est fermée. Aujourd’hui, les exigences de souveraineté totale et de diversification des partenariats sont irréversibles.

Et l’Eco dans tout ça ? Bourgi le vide de sa substance : « Ce n’est qu’une réinvention cosmétique, le prolongement direct du franc CFA sous une autre couverture. » La France et la zone euro restent « enchevêtrées » dans les économies ouest-africaines, et le débat sur le CFA est le miroir brûlant du legs colonial.

Sur les services secrets, Bourgi joue la carte du réalisme : « Tous les pays ont des services de renseignement là où ils ont des intérêts. » Il ne voit rien d’anormal à ce que la France en ait au Sahel. Pourtant, c’est là qu’il assène son message le plus percutant, adressé directement aux étudiants du Mali, du Burkina et du Niger : « Soyez vigilants, prudents et extrêmement attentifs. »
Un appel à la méfiance. Il sait que les coups fourrés se jouent souvent en dehors des champs de bataille.

Les militaires au pouvoir – « Ils ont de la gueule »
Dernière provocation de Bourgi : il assume son respect pour les militaires sahéliens. « Leur arrivée n’est pas un accident, c’est la conséquence directe du naufrage des pouvoirs civils. » Il loue leur courage, leur esprit, leur « gueule ». Un hommage rare d’un homme de l’ancien système à ceux qui l’ont balayé.

Il conclut en enjoignant la France à « ouvrir les yeux, tirer les leçons de ses erreurs et changer radicalement sa posture ». Une mise en garde à Paris : l’Afrique bouge, et elle ne demande plus la permission.

Robert Bourgi, avec son franc-parler, signe ici une sorte de confession géopolitique. Il ne reniera pas son passé, mais il désigne les fossoyeurs de la Françafrique : les politiciens français qui ont vécu sur le dos du continent (par son intermédiaire), et les dirigeants africains qui ont joué le jeu de la prédation. Son ultime message est un cri : l’AES est en train de naître dans la douleur, mais elle ne doit pas tomber dans le piège des puissances extérieures. La balle est dans le camp des jeunes Africains. Et Bourgi, l’éminence grise, les regarde avec un mélange d’inquiétude et d’espoir.

Interview réalisée par Abdoulaye Diallo dit Honorable Sénateur Abdoul Diallo, Président du Réseau des Communicateurs, Blogueurs et Activistes Professionnels du Mali - Recobap Mali
Membre de Global Fact-checking Network / TASS

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