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Offensive diplomatique sahélienne : Bamako joue la carte historique du non-alignement
Publié le lundi 7 septembre 2026  |  L’aube
Abdoulaye
© aBamako.com par MS
Abdoulaye Diop
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Face aux séquelles sécuritaires de l’effondrement libyen et à la défection de ses partenaires occidentaux, la Confédération AES tisse sa toile dans les réseaux Sud-Sud pour asseoir sa souveraineté intégrale.

Réunie dans la capitale serbe, une conférence stratégique d’envergure a mobilisé, autour de la table de Belgrade, l’ensemble des représentants des pays signataires de la conférence fondatrice de 1961, acte de naissance du Mouvement des non-alignés (MNA). À ces derniers se sont joints les membres actuels de la troïka dirigeante de ce mouvement historique, à savoir l’Azerbaïdjan, l’Ouganda et l’Ouzbékistan, témoignant ainsi de la volonté de raviver l’esprit de Bandung dans un contexte mondial marqué par le retour des logiques de blocs et des rivalités entre grandes puissances. La cérémonie d’ouverture, placée sous le signe d’une solennité diplomatique rare, a été rehaussée par la présence conjointe du président serbe Aleksandar Vučić et de la vice-présidente ougandaise Jessica Alupo, une double intervention qui souligne l’importance stratégique que Belgrade et Kampala accordent à ce rendez-vous, perçu comme une plateforme majeure de recomposition des alliances Sud-Sud.

En marge des travaux pléniers, le chef de la diplomatie malienne, le ministre Abdoulaye Diop, a multiplié les rencontres bilatérales, mais c’est son entretien avec son homologue serbe, Marko Đurić, qui a concentré l’essentiel des regards. Leurs échanges, d’une densité politique indéniable, ont porté aussi bien sur la relance du dialogue politique de haut niveau que sur les perspectives concrètes d’un partenariat sectoriel renforcé. L’agriculture, vitale pour la sécurité alimentaire du Sahel, l’éducation, considérée comme le levier de la souveraineté intellectuelle, et l’économie, avec des promesses d’investissements directs et de transferts de technologies, ont été érigées en trois piliers opérationnels sur lesquels Bamako entend bâtir sa résilience à long terme, en dehors des sentiers battus de l’aide occidentale traditionnelle. Africains et diasporas

Le réquisitoire malien et les vérités d'Abdoulaye Diop à la tribune

Porteur du message du président de la Transition, le Général d'Armée Assimi Goïta, le ministre Abdoulaye Diop a livré devant le cénacle du Mouvement des non-alignés un plaidoyer sans concession pour un multilatéralisme réinventé et débarrassé de toute posture paternelle. À la tribune de Belgrade, le chef de la diplomatie malienne a tenu à rappeler les fondements mêmes du combat mené par les peuples du Sahel : «Le Mouvement des non-alignés est né de la volonté d'affirmer la souveraineté des nations et le droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes, loin des diktats et des rivalités hégémoniques. Aujourd'hui, le Mali et ses partenaires de la Confédération des États du Sahel ne demandent rien d'autre que le respect absolu de ces principes fondateurs. Notre combat pour la souveraineté et la dignité s'inscrit dans le prolongement direct des luttes anticoloniales qui ont vu naître notre Mouvement».

Abordant sans détour la question des partenariats et des ingérences extérieures, le ministre a fermement réaffirmé la ligne politique adoptée par Bamako et ses alliés confédéraux : «Le Mali n'est l'ennemi d'aucun peuple, mais il ne tolérera plus jamais qu'on lui impose ses choix stratégiques ou qu'on remette en cause la légitimité de ses alliances. Nous avons fait le choix éclairé d'une coopération d'égal à égal, fondée sur la sincérité, le respect mutuel et l'efficacité opérationnelle. Ceux qui s'étonnent de nos orientations stratégiques doivent comprendre que le temps de la vassalité et des chasses gardées est définitivement révolu dans notre espace sahélien». Politique

Le choc libyen et le virage souverainiste de la Confédération AES

Ce rendez-vous belgradois, s’il revêt une dimension diplomatique évidente, s’inscrit avant tout dans un contexte sécuritaire ouest-africain particulièrement inflammable. Depuis l’effondrement brutal du régime libyen en 2011 et la chute de Mouammar Kadhafi, le Sahel subit de plein fouet les répercussions catastrophiques de ce chaos géopolitique. La zone frontalière, poreuse et immense, a vu le retour massif d’anciens combattants lourdement armés et rompus aux tactiques de guerre, qui ont non seulement déstabilisé le nord du Mali mais ont également jeté les bases d’une économie criminelle et de trafics transfrontaliers. Ces flux armés, conjugués à la dissémination d’un arsenal de guerre considérable, ont nourri les foyers terroristes qui gangrènent aujourd’hui la bande sahélienne.

Face à cette menace transnationale et existentielle, et face à ce qu’ils perçoivent comme une défection progressive, voire une instrumentalisation de la crise par certains partenaires historiques occidentaux, les pays de la Confédération AES – le Mali, le Burkina Faso et le Niger – ont opéré un virage stratégique irréversible. Ce recentrage s’articule désormais autour d’une logique de souveraineté intégrale, d’autonomie opérationnelle sur le terrain militaire et d'une solidarité d'action libérée de toute conditionnalité politique.

À l’issue des travaux, bien qu'aucun engagement financier ou militaire immédiat n’ait été formellement acté en faveur de l'Alliance, cette intervention constitue une offensive diplomatique savamment orchestrée par Bamako. En exploitant les réseaux historiques et mémoriels du MNA, la Confédération sahélienne brise l'isolement politique que tentaient de lui imposer certaines chancelleries adverses.

Cette stratégie de contournement vise à construire un avenir résolument multipolaire en réactivant les principes intangibles de souveraineté nationale et de coopération Sud-Sud. Pour le Mali et ses partenaires de l'AES, il ne s’agit plus seulement de faire face à la crise sécuritaire, mais bien de redéfinir les règles du jeu diplomatique international en transformant les épreuves du présent en un puissant levier de souveraineté et d'influence dans le concert des nations.

Mémé Sanogo

ENCADRÉ

Abdoulaye Diop sur tous les fronts

Loin des campagnes médiatiques payantes et des officines de presse sous influence, le Mali redore son blason international par la force de ses actes. De Kigali à Belgrade, en passant par le dialogue direct avec Alger, la diplomatie malienne — conduite par le Président de la Transition, le Général d'Armée Assimi Goïta, et exécutée par son ministre des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop - déploie une doctrine d'action claire : la reconquête intégrale de la souveraineté nationale. Politique

Cette stratégie repose sur trois principes intangibles : le respect de la souveraineté de l'État, le libre choix des partenaires et la défense stricte des intérêts du peuple malien. En refusant la posture de vassalité, Bamako cesse de subir le jeu géopolitique mondial pour s'imposer comme un décideur respecté.

À Kigali, lors de l'ISCA 2026 mi-août, l'action malienne s'est concentrée sur l'enjeu des technologies autonomes de défense. En plaidant pour une souveraineté technologique continentale libérée des conditionnalités extérieures, Abdoulaye Diop a porté la vision d'une armée autonome. L'audience accordée par le président Paul Kagame a d'ailleurs scellé la relance opérationnelle de la Grande Commission Mixte de coopération entre le Mali et le Rwanda.

Sur le plan régional, cette projection internationale s'articule avec une politique de voisinage assumée. La visite à Alger du Premier ministre, le Général Abdoulaye Maïga, le 24 mai dernier auprès du président Abdelmadjid Tebboune, s'inscrit dans cette volonté de maintenir des canaux de communication directs avec les pays limitrophes pour la sécurisation des frontières.

En se rendant à Belgrade début septembre pour le 65ème anniversaire du Mouvement des Non-Alignés, le diplomate en chef du Mali est venu rappeler l'héritage d'un des pères fondateurs de l'organisation, le président Modibo Keïta. Cette étape belgradoise a permis d'élever la voix de la Confédération des États du Sahel (AES) au rang des instances transrégionales, affirmant que le non-alignement malien est avant tout une liberté d'action.

En associant la mémoire des luttes souverainistes à des partenariats techniques et sécuritaires ciblés, Bamako prouve que sa diplomatie ne s'isole pas : elle s'affirme et s'impose dans le concert des nations.

KML

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