PolitiqueL’Ambassadrice Rachna Korhonen en fin de mission au Mali : « Les mesures américaines qui visent le fils de l’ancien président IBK restent en vigueur »
Publié le mardi 8 septembre 2026 | Le Soir de Bamako
En fin de mission au Mali, l'Ambassadrice des États-Unis, Rachna Sachdeva Korhonen, a livré un message qui relance le débat autour de Karim Keïta, fils de l'ancien Président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK).
En effet, interrogée lors du déjeuner d'adieu offert par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, le vendredi 4 septembre 2026, la diplomate américaine a été catégorique : << Les sanctions contre Karim Keïta, s'il y a eu des sanc-tions, elles ne sont pas terminées. Elles sont toujours en vigueur >>.
Ces propos viennent couper court aux éventuelles spéculations sur une levée des mesures américaines prises contre l'ancien député et ex-président de la Commission de la Défense de l'Assemblée Nationale du Mali. En décembre 2022, le Trésor américain avait inscrit Karim Keïta sur sa liste de sanctions, dans le cadre du dispositif Global Magnitsky. Washington l'accusait notamment d'avoir profité de ses fonctions pour s'enrichir illicitement, de s'être impliqué dans des pratiques de corruption liées aux marchés publics et d'avoir utilisé des fonds destinés à la défense à des fins politiques.
Quatre ans après le départ du pouvoir d'IBK, et alors que le paysage politique malien a profondément changé, les sanctions américaines visant son fils demeurent une réalité juridique du côté de Washington. À l'époque, l'Ambassade des États-Unis à Bamako avait déjà expliqué que les mesures pouvaient entraîner le gel des avoirs relevant de la juridiction américaine ainsi que des restrictions de voyage. Le chargé d'affaires américain de l'époque, Brian Neubert, avait également indiqué que Washington disposait d'éléments permettant, selon lui, de documenter les accusations portées contre Karim Keïta.
Le Trésor américain avait, dans son communiqué de décembre 2022, expressément présenté Karim Keïta comme le fils de l'ancien Président Ibrahim Boubacar Keïta et comme l'ancien responsable de la Commission Sécurité et Défense de l'Assemblée Nationale. Les autorités américaines avaient alors justifié sa désignation par des accusations de corruption et de détournement de fonds publics. Cette clarification intervient à la veille du départ de Rachna Korhonen.
L'ambassadrice américaine aura passé près de quatre années à Bamako, dans une période particulièrement mouvementée des relations entre le Mali et les États-Unis. Arrivée dans la capitale malienne en janvier 2023 et ayant présenté ses lettres de créance en mars de la même année, elle aura été l'une des figures de la diplomatie occidentale confrontées à la profonde recomposition des alliances du Mali. Vendredi 4 septembre, elle a été reçue par le président de la Transition, le Général d'Armée Assi-mi Goïta, pour une audience d'adieu consacrée au bilan de sa mission et aux perspectives des relations entre Bamako et Washington.
Le même jour, Abdoulaye Diop lui a offert un déjeuner d'adieu au cours duquel le ministre malien a salué son professionnalisme et sa capacité à maintenir le dialogue malgré les périodes de fortes tensions entre les deux pays. Dans ce climat d'apaisement diplomatique affiché, la question Karim Keïta apparaît donc comme un rappel que certaines divergences entre Bamako et Washington demeurent intactes. La déclaration de Rachna Korhonen est d'autant plus significative que les deux pays cherchent désormais à préserver leurs relations dans un cadre présenté comme fondé sur le respect mutuel et la souveraineté du Mali.
parties ont également évoqué les perspectives de coopération économique, commerciale et scientifique. Mais derrière les poignées de main et les messages d'amitié, Washington conserve ses propres lignes rouges.
La déclaration de Rachna Korhonen rappelle ainsi qu'un rapprochement diplomatique ne signifie pas nécessairement l'effacement des décisions prises antérieurement par les autorités américaines. Pour Karim Keïta, le message est limpide: la page n'est pas tournée à Washington.
La déclaration de Rachna Korhonen est d'autant plus significative que les deux pays cherchent désormais à préserver leurs relations dans un cadre présenté comme fondé sur le respect mutuel et la souveraineté du Mali.
Le ministre Abdoulaye Diop a d'ailleurs insisté sur la volonté du Mali de rester << ami des États-Unis », comme de tous les pays souhaitant entretenir des relations avec Bamako dans le respect de ses choix - et de ses priorités.
Les deux Fils de l'ancien chef de l'État, ancien parlementaire et ancien président de la Commission Défense de l'Assemblée Nationale, Karim Keïta reste donc sous le coup des mesures américaines plusieurs années après leur adoption.
Le soir de Bamako