Attendu à Bamako ce lundi 14 septembre 2026, le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb est appelé à donner une nouvelle impulsion au rapprochement entre le Mali et l’Algérie. Sécurité frontalière, commerce, transports, énergie, santé, formation et investissements : au-delà du protocole, cette visite devra ouvrir une nouvelle page de coopération entre les deux pays.
L’annonce a été officialisée le 10 septembre 2026 par la Primature malienne. À la tête d’une importante délégation, le chef du gouvernement algérien est porteur d’un message du président Abdelmadjid Tebboune au président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta. Il sera également reçu par le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, quelques semaines après la visite de ce dernier à Alger. PMU Mali
Lors de ce déplacement du 24 août 2026, Abdoulaye Maïga avait souligné que le Mali et l’Algérie étaient «condamnés à avancer ensemble», au regard de leur histoire commune, de leur voisinage géographique et de leurs intérêts stratégiques. Cette rencontre avait marqué une étape importante dans la reprise du dialogue après une longue période de tensions. Aujourd’hui, la priorité est claire : transformer la normalisation politique en résultats économiques et sociaux tangibles pour les populations des deux pays.
Tourner la page d’une crise profonde
Le rapprochement actuel intervient après une dégradation sans précédent des relations bilatérales. Le 25 janvier 2024, le Mali a mis fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015. Bamako avait invoqué son «inapplicabilité absolue» et dénoncé plusieurs actes jugés contraires à ses intérêts souverains. PMU Mali
La crise a atteint son point culminant dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 après la destruction d’un drone militaire malien près de Tin Zaouatine. Alger affirmait que l’appareil avait pénétré son espace aérien, tandis que Bamako soutenait qu’il évoluait sur le territoire malien. Quelques jours plus tard, le 7 avril 2025, l’Algérie fermait son espace aérien aux appareils en provenance ou à destination du Mali. Une mesure de réciprocité était immédiatement adoptée par Bamako.
La décrispation a finalement été amorcée le 10 juillet 2026 avec le retour à Bamako de l’ambassadeur algérien et la réouverture de l’espace aérien. L’objectif n’est désormais plus seulement diplomatique, mais économique : rétablir les flux commerciaux, faciliter les déplacements des étudiants, des opérateurs économiques et des voyageurs, et relancer les échanges de services.
Faire de la frontière un espace de coopération
Le Mali et l’Algérie partagent une frontière de près de 1329 kilomètres, l’une des plus stratégiques du Sahel. Longtemps considérée comme une périphérie éloignée des centres de décision, elle est aujourd’hui au cœur des enjeux sécuritaires, commerciaux et humains entre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. Pour Bamako, la normalisation doit reposer sur un principe fondamental : le respect de la souveraineté nationale. Cette coopération doit se traduire par des mécanismes opérationnels : échanges de renseignements sur les groupes terroristes, coordination des autorités locales, lutte contre les trafics transfrontaliers, gestion concertée de l’espace aérien et notification rapide des incidents. Les zones de Tin Zaouatine, Bordj Badji Mokhtar et Timiaouine demeurent particulièrement sensibles en raison de l’activité des réseaux de contrebande et des groupes armés. PMU Mali
Le retour du dialogue
La durabilité du partenariat ne dépendra pas uniquement des grands projets économiques. Elle reposera également sur ses effets concrets pour les citoyens. Après les tensions de 2024 et 2025, le retour du dialogue constitue un acquis diplomatique important. Mais la solidité du rapprochement se mesurera désormais moins au nombre d’accords signés qu’aux résultats obtenus : investissements réalisés, infrastructures livrées, entreprises créées, emplois générés et échanges commerciaux renforcés. Entre Bamako et Alger, le véritable test commence maintenant.
Dans la voie de cette normalisation diplomatique, la visite du Pm algérien aura permis de soulever une question centrale : quels engagements économiques vérifiables peuvent désormais en découler ?