Sur les traces du président Modibo Kéïta, la diplomatie malienne retrouve ses marques et ses racines...
Il y a encore quelques mois, les relations entre le Mali et l'Algérie semblaient durablement compromises. Entre la crise des drones, le rappel mutuel des ambassadeurs et la fermeture brutale des espaces aériens, les deux voisins venaient de traverser une zone de turbulences d'une rare intensité. PMU Mali
Mais à la faveur d'un pragmatisme géopolitique qui ne renonce jamais aux vertus du dialogue, les signaux de décrispation se multiplient depuis juillet 2026. La réouverture des cieux, le retour des diplomates et la multiplication des échanges officiels préparent le terrain à un événement majeur : l'arrivée ce lundi 14 septembre 2026 du Premier ministre algérien à Bamako, Sifi Ghrieb, porteur d'un message du Président Abdelmadjid Tebboune.
La sagesse de Bamako, une médiation historique
Ce dégel survient à un moment charnière où la diplomatie malienne, fidèle à ses traditions de concorde, doit manœuvrer avec une extrême habileté au cœur de la rivalité historique qui oppose Alger et Rabat. En se trouvant ainsi au centre des sollicitations de ces deux puissances maghrébines majeures, Bamako renoue, par la grâce de son passé, avec son rôle inné de médiateur régional. PMU Mali
Cette posture d'indépendance souveraine et de conciliation chevillée au corps puise directement sa sève dans les heures les plus glorieuses de notre histoire contemporaine. Comment ne pas évoquer la mémoire tutélaire du père de l'indépendance malienne, le Président Modibo Kéïta, qui, en octobre 1963, au cœur de la tragique «Guerre des sables» dressant l'un contre l'autre le Maroc et l'Algérie, sut élever sa vision bien au-delà des tranchées pour préserver l'unité de la grande famille africaine ? Les 29 et 30 octobre 1963, c'est dans le cadre historique de l'Hôtel de Ville de Bamako que se joua littéralement le salut de la paix continentale. Entouré de Sa Majesté l'Empereur d'Éthiopie, Haïlé Sélassié Ier, le président Modibo Kéïta parvint à asseoir autour de la même table le Roi Hassan II et le Premier ministre algérien Ahmed Ben Bella.
Ouvrant ces assises de la dernière chance, l'hôte malien plaça d'emblée la fraternité africaine bien au-dessus des querelles territoriales, assénant cette vérité fondatrice : «Il faut que nous renoncions aux prétentions territoriales si nous ne voulons pas instaurer en Afrique ce qu'on pourrait appeler l'impérialisme noir». Histoire
Entre impératifs géographiques et choix souverains
La rupture consommée de l'Accord d'Alger, autrefois brandi comme un dogme intouchable, a pu faire craindre à certains observateurs un isolement diplomatique ou un aventurisme périlleux. Bien au contraire, les faits récents prouvent que la diplomatie malienne n'a jamais fermé la porte au dialogue constructif avec son grand voisin du Nord. La fermeté souveraine de Bamako ne s'exerce pas pour exclure, mais pour exiger le respect strict de son intégrité territoriale, de ses lois et du choix souverain de ses alliances. L'Algérie, en acceptant de réajuster sa focale vers un partenariat d'égal à égal, débarrassé de tout reliquat paternaliste, prouve que la raison finit toujours par l'emporter lorsque le dialogue est conduit par un État digne et respecté.
En déroulant le tapis rouge ce lundi au chef du gouvernement algérien tout en consolidant ses alliances de cœur et d'intérêt avec le Royaume chérifien, Bamako signe une partition stratégique magistrale. En faisant résonner les leçons immortelles de Modibo Kéïta, le Mali rappelle au monde entier que le Sahel demeure le cœur battant, lucide et souverain de la dignité africaine.