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Primature Quand la presse écrite perd sa plume entre quatre murs !
Publié le dimanche 20 septembre 2026  |  Notre Voie
Conseil
© aBamako.com par A S
Conseil de cabinet à la primature
Bamako, le 12 septembre 2018 le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga, a eu une première rencontre avec les membres de son gouvernement
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La scène vécue par plusieurs journalistes de la presse écrite malienne, le lundi 14 septembre, à l’occasion de la visite officielle du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb à Bamako, en dit davantage sur l’état de profession que de longs discours sur la liberté de la presse. Pour cette visite annoncée comme importante dans le rapprochement entre le Mali et l’Algérie, les journalistes avaient été conviés tôt le matin à la Primature pour couvrir l’événement. Mais ils n’ont eu finalement droit qu’au mépris !

Pendant que le Premier ministre algérien arrivait à l’Aéroport international Président-Modibo-Keïta et était accueilli par son homologue malien, les journalistes de la presse écrite présents à la Primature se retrouvaient, selon plusieurs témoignages, confinés dans un espace fermé, loin de la scène qu’ils étaient précisément censés couvrir. Si la Primature confirme que Sifi Ghrieb est bien arrivé à Bamako le 14 septembre et qu’il a ensuite rencontré le Premier ministre Abdoulaye Maïga avant de pour suivre son programme, notamment à Koulouba, pour les journalistes de la presse écrite, c’était tout un autre tableau : point de présence à l’aéroport, point de contact direct avec l’hôte algérien et, surtout, aucune possibilité apparente de lui poser la moindre question. Plus étonnant encore, pendant que les « vidéomans » pouvaient accompagner les déplacements officiels et capter les images de l’arrivée, ceux dont le métier consiste à recueillir, vérifier, contextualiser et analyser l’information se retrouvaient à attendre entre quatre murs. Et pour alimenter leurs articles, il leur fallait patienter jusqu'à ce que des agents de la Primature viennent leur communiquer, par séquences successives, les éléments de la journée. Le problème dépasse largement le simple inconfort d’une matinée passée à attendre. La presse écrite n’est pas une simple chambre d’enregistrement des communiqués officiels. Elle a besoin de contacts directs, de déclarations, de questions, de précisions et parfois de contradictions. Elle doit pouvoir observer l’événement pour mieux le raconter. Réduire le travail des journalistes à la réception de comptes rendus préfabriqués revient, de fait, à réduire leur marge professionnelle. Or, lors d’une visite diplomatique de cette importance, le journaliste pouvait légitimement espérer davantage qu’un compte rendu transmis par intermittence. La visite de Sifi Ghrieb devait permettre de rendre compte du contenu des échanges entre Bamako et Alger, mais aussi de saisir l’atmosphère, les enjeux et les éventuelles déclarations des responsables concernés.

À défaut, le risque est de voir les médias devenir de simples relais de la communication institutionnelle. Il ne s’agit évidemment pas de réclamer un accès sans règles aux espaces sécurisés ou aux rencontres diplomatiques. Les contraintes protocolaires et sécuritaires sont compréhensibles, mais elles ne devraient pas conduire à créer, entre les différentes catégories de journalistes, des traitements qui donnent le sentiment que certains sont considérés comme plus utiles que d’autres. La presse écrite mérite le respect de son rôle. Les journalistes de la presse écrite travaillent souvent avec moins de moyens que les équipes audiovisuelles, mais ils demeurent indispensables à la mémoire de l’actualité, à l’analyse des décisions publiques et au débat citoyen. Leur travail ne se limite pas à produire quelques lignes à partir d’un communiqué. A un moment où le Mali affirme vouloir renforcer sa souveraineté et la responsabilité de ses acteurs publics, il est paradoxal que la presse nationale soit tenue à distance de l’information qu’elle est chargée de porter au public. L’épisode du 14 septembre mérite donc d’être considéré non comme une querelle entre journalistes et communicants, mais comme une question de méthode.

La communication institutionnelle peut parfaitement organiser, encadrer et sécuriser l’accès des médias aux événements officiels, mais elle devrait aussi veiller à ce que les journalistes puissent exercer leur métier dans des conditions professionnelles acceptables. En effet, à force de retenir les journalistes derrière les portes, de filtrer l’information et de leur servir des comptes rendus au compte-gouttes, on finit par vider le journalisme de ce qui fait sa substance : le terrain, le contact, la question et le regard. Et lorsque la plume est enfermée entre quatre murs, ce n’est pas seulement le journaliste qui perd sa liberté de mouvement, le lecteur aussi y perd une partie de son droit à une information sainement recueillie et vérifiée !

Flani SORA

Notre Voie
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