Journaliste à la retraite, Daouda Tékété est aussi écrivain qui a déjà à son actif une vingtaine de livres dont «Modibo Kéita portrait inédit du Président» ; «Et si le Mali m’était conté»; «Genèse de l’Alliance des Etats du Sahel et héritages de Modibo Kéita, de Bakary Djibo, de Thomas Sankara» ; «La face cachée de l’Afrique pourquoi et comment ?» ; «Et si l’éveil de l’Afrique était spirituel ; L’Afrique des défis et les défis de l’Afrique» ; «Recueil de proverbes africains» ; «Recueil de devinettes africaines» ; «Recueil de contes, légendes, fables , mythes africains». C’est ce défenseur infatigable de l’héritage du Président Modibo Kéita que nous avons approché à l’occasion du 66è anniversaire de l’accession du Mali à l’indépendance, pour nous parler des premiers pas de la République, des valeurs incarnées par le premier président.
Le Challenger: merci, doyen, d’accepter de répondre à nos préoccupations. Si vous nous parliez brièvement de la pénétration coloniale dans le Mali d’alors, que diriez-vous? Daouda Tékété: Notre pays est celui qui a opposé la plus longue résistance militaire à l'invasion française en Afrique de l'Ouest. Une résistance féroce de 42 ans : du 22 septembre 1878 à Sabouciré jusqu'au 26 décembre 1920 à Tabi, dans le cercle de Douentza. Face à cette opposition acharnée incarnée par des figures héroïques telles que Mamadou Lamine Dramé, Amadou (fils d'El Hadj Omar Tall), Babemba Traoré, Samory Touré ou encore Firhoun, l'occupant a compris qu'il ne pouvait pas maintenir son emprise uniquement par les armes. Qu’il fallait alors agir sur l'esprit, notamment à travers l'école coloniale française, pour ainsi façonner un modèle d'homme plus proche des réalités occidentales au détriment de nos traditions ancestrales. À l'indépendance du Mali en 1960, quelles étaient les principales urgences auxquelles le président Modibo Kéita et ses compagnons ont dû faire face ? À l'indépendance du Mali, tout était urgent, car nous sortions d'une longue période de dépersonnalisation de l'homme malien causée par la colonisation. Le défi majeur consistait donc à refonder entièrement l'édifice national. Les priorités ont été articulées autour de plusieurs axes fondamentaux: 1- L’éducation : La réforme de l'enseignement a été un axe prioritaire, car il fallait sortir d'une école conçue pour l'occupant pour bâtir une école en phase avec les besoins réels du peuple. Après deux ans de travaux intensifs, la grande loi de Réforme de l'Éducation a été promulguée le 17 septembre 1962 avec principal objectif d’asseoir la souveraineté culturelle et politique du Mali. 2- La souveraineté alimentaire et industrielle : conscients que la souveraineté n'est qu'un mot creux sans l'autosuffisance alimentaire et l'industrialisation, le président Modibo Kéita et ses compagnons ont lancé le Plan Quinquennal de développement socio-économique dès le 18 octobre 1961. Alors qu'en 1960, le Mali importait 99,14 % de ses produits de première nécessité (sucre, huile, savon, sel) la création d'unités d'ingénierie et de transformation locale a permis, en seulement 5 ans, de produire sur place 60% de nos besoins alimentaires. Des structures emblématiques comme l'Office du Niger ont été nationalisées dès janvier 1961, permettant au Mali d'exporter par exemple 10 000 tonnes de riz vers la Côte d'Ivoire la même année. 3- Le désenclavement et les infrastructures: A l’indépendance, le problème de désenclavement et d’infrastructure était une urgence. Grâce à la mise en oeuvre du Plan Quinquennal, nous sommes passés de 370 km de routes goudronnées à 1 600 km de voies bitumées, reliant Bamako aux capitales régioniales et au-delà les frontières ivoiriennes. De même, la compagnie aérienne Air Mali, créée en avril 1962, comptait 18 avions en 1968, entièrement pilotés tés et exploités par des Maliens.
4- La Refonte juridique et sociale: Le Code malien du mariage et de la famille ainsi que le nouveau Code pénal ont été adoptés en 1962 pour libérer notre société des lois coloniales inadaptées, et réinstaller une justice équitable et conforme à nos valeurs. Comment un régime parti presque de zéro, a-t-il pu réaliser de telles prouesses en moins d'une décennie ? La réussite impressionnante de ce régime, qui n'a duré que huit ans, de 1960 au coup d'État du 19 novembre 1968, repose sur une foi inébranlable en son peuple et sur un patriotisme exemplaire de ses dirigeants. Sous la Première république, on avait honte de voler. Le peuple malien croyait en ses dirigeants, parce que ces derniers faisaient preuve d'un don de soi total et d’une intégrité sans faille. C'est cette formation politique et idéologique qui a permis de mobiliser les masses et de bâtir une armée nationale redoutable. Cette armée malienne créée à partir de rien, le 1er octobre 1960, est devenue en quelques années l'une des forces les plus redoutées du continent. Comme le disait le professeur Joseph Ki Zerbo: “On ne développe pas, on se développe”. Modibo Kéita et ses compagnons se sont oubliés eux-mêmes au profit exclusif du peuple. Quelles étaient les valeurs incarnées par le président Modibo Kéita qui doivent inspirer les dirigeants ? “Modibo Keïta était habité par un respect sacré du bien public, une dignité et une intégrité morale devenues rares” besoins alimentaires. Des structures emblématiques comme l'Office du Niger ont été nationalisées dès janvier 1961, permettant au Mali d'exporter par exemple 10 000 tonnes de riz vers la Côte d'Ivoire la même année. 3- Le désenclavement et les infrastructures: A l’indépendance, le problème de désenclavement et d’infrastructure était une urgence. Grâce à la mise en oeuvre du Plan Quinquennal, tés et exploités par des Maliens.
4- La Refonte juridique et sociale: Le Code malien du mariage et de la famille ainsi que le nouveau Code pénal ont été adoptés en 1962 pour libérer notre société des lois coloniales inadaptées, et réinstaller une justice équitable et conforme à nos valeurs. Comment un régime parti presque de zéro, a-t-il pu réaliser de telles Modibo Kéita était habité par un respect sacré du bien public, une dignité et une intégrité morale devenues rares. Pour preuve, sur l'ensemble de ses 8 années de présidence, le cumul total de tous ses salaires s'élevait à 23 millions de francs maliens. Et à sa mort, il ne possédait ni maison ni la moindre brique à son nom. Il est parti avec seulement 300 000 francs maliens (soit 150 000 FCFA) sur son compte bancaire. En novembre 1966, pour couvrir les frais de pèlerinage de sa mère, il fit une demande de prêt d’argent auprès de Waïgallou Doucouré, l’ambassadeur du Mali en Arabie Saoudite en s’engageant de lui rembourser après versement de son salaire. Aujourd'hui, alors que notre pays cherche à se redresser, l'exemple de Modibo Keïta nous rappelle qu'aucun peuple n'est incapable de se prendre en charge dès lors qu'il fait le choix de la dignité, du travail et du refus de la dépendance extérieure.