Accueil    MonKiosk.com    Sports    Business    News    Annonces    Femmes    Nécrologie    Publicité
NEWS
Comment

Accueil
News
Politique
Article
Politique

Kidal : le retour du drapeau, le retour de l’Etat
Publié le samedi 10 octobre 2026  |  Aujourd`hui
Comment



Le Mali retrouve Kidal. Mais au-delà d'une victoire militaire, c'est une bataille politique, historique et symbolique qui change de nature. En effet, ce mardi 6 octobre 2026 restera, à n'en pas douter, comme l'une des dates fortes de l'histoire récente du Mali.

La ville de Kidal, longtemps devenue, aux yeux de nos adversaires, comme le symbole de l'impuissance de l'État malien à exercer pleinement son autorité sur une partie de son propre territoire, voit de nouveau y entrer les Forces armées maliennes. Selon plusieurs sources concordantes, les FAMa ont pénétré dans la ville dans l'après-midi du 6 octobre, sans véritable combat. Le Front djihado-rebelle, qui en avait pris le contrôle depuis avril, aurait annoncé un " repli stratégique ".


Au-delà des circonstances militaires de cette entrée, il faut mesurer ce que représente cette image : le drapeau malien qui revient sur une ville dont le nom, depuis des décennies, résume à lui seul les blessures, les rébellions, les accords inachevés, les médiations et les frustrations d'une République en quête de souveraineté. Et qui font que Kidal n'est pas une ville comme les autres dans l'imaginaire national. Elle est devenue, au fil du temps, le nom d'une question lancinante : l'État malien peut-il être pleinement souverain sur l'ensemble de son territoire ? Aujourd'hui, une réponse vient d'être apportée sur le terrain.

Kidal, ou le retour de la République

La reprise de la ville de Kidal par les FAMa ne règle évidemment pas, à elle seule, la question du Nord malien. Mais elle modifie le rapport de forces. Car un État ne se définit pas uniquement par ses textes, ses institutions et ses discours. Il se définit aussi par sa capacité à protéger ses citoyens, à garantir la continuité de son autorité et à faire vivre la République jusque dans les espaces les plus éloignés de sa capitale. C'est pourquoi Kidal est davantage qu'une position militaire.

Kidal est un symbole fort de l'État.

Le retour des FAMa à Kodal porte une signification qui dépasse largement la seule dimension opérationnelle. Il serait cependant réducteur de considérer l'entrée des FAMa à Kidal comme le résultat d'une opération isolée ou improvisée. Depuis plusieurs jours, le dispositif militaire malien a renforcé ses positions dans le Nord, notamment autour d'Anéfis et d'Aguelhok. Les opérations menées dans le cadre de Dougoukolo ko, notamment les 30 septembre et 1ers octobres derniers à Tessalit, Nampala et Sofara, illustrent cette nouvelle approche.Dans la région de Kidal, des positions attribuées à des groupes armés ont été localisées grâce au renseignement avant d'être frappées après vérification. Dans le Centre, d'autres actions auraient été conduites selon une logique comparable. Ce qui apparaît alors n'est plus seulement comme une succession de frappes, mais comme une méthode :


Le triptyque voir, renseigner -vérifier, agir

La guerre moderne impose cette chaîne de décision. Dans le désert plus encore, car l'immensité saharienne ne pardonne ni l'improvisation ni l'approximation. Celui qui maîtrise les mouvements, les itinéraires, les points de regroupement et les flux logistiques possède déjà une part essentielle de la maîtrise du terrain. En outre, pendant longtemps, les groupes armés ont tiré leur force de leur mobilité, de leur connaissance du désert et de leur capacité à disparaître dans ses immensités. Le rapport de forces ne se renverse donc pas par la seule puissance de feu. Il se renverse lorsque le renseignement devient plus rapide que la mobilité de l'adversaire. C'est peut-être l'une des leçons essentielles de la séquence actuelle.

Après les armes, le temps de l'État

Car après la victoire militaire vient toujours l'épreuve la plus longue : celle de la paix.Il faudra tenir, administrer, protéger. Il faudra rétablir les services publics, sécuriser les populations, rouvrir les routes, permettre aux commerçants de reprendre leurs activités, aux enseignants de retrouver leurs classes, aux agents de santé leurs postes et aux familles leur vie quotidienne.

Il faudra surtout que le retour des soldats soit accompagné du retour des institutions. C'est là que se mesurera la véritable portée du 6 octobre. Autrement dit, transformer la présence militaire en présence républicaine.

La leçon de Kidal


Il faut donc, avant tout, saluer le courage des hommes qui ont marché sur Kidal. Mais il faut également se garder de l'euphorie facile. Une victoire militaire peut ouvrir une porte. Elle ne garantit pas ce qui se trouve derrière.

Le retour du drapeau doit signifier davantage qu'un changement de contrôle. Il doit annoncer le retour du sentiment d'appartenance, de la confiance et de la République.Pendant trop longtemps, le Mali a vécu dans l'alternance des offensives et des accords, des médiations et des ruptures, des promesses de paix et des reprises de violence. Peut-être sommes-nous aujourd'hui à la veille d'une autre période. Une période où la souveraineté ne serait plus seulement proclamée, mais exercée ; où l'autorité ne serait plus seulement revendiquée, mais assumée ; où la paix ne serait plus seulement négociée, mais construite dans la durée. Le 6 octobre 2026 restera peut-être ainsi comme une date charnière. Non parce qu'une ville aurait simplement changé de contrôle, mais parce qu'un symbole aurait changé de sens : Kidal revient dans le giron de l'État. C'est précisément à cet instant que commence la véritable bataille : celle qui consiste à faire de cette reconquête une victoire durable de la République.



DICKO Seidina Oumar

Journaliste- Historien- Écrivain

Commentaires