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Affaire des parcelles de Senou : Adama Sangaré invoque des instructions d’IBK
Publié le samedi 17 octobre 2026  |  Aujourd`hui
Atelier
© aBamako.com par Androuicha
Atelier de présentation de l`étude "Bamako, Moteur de croissance économique et inclusive"
Bamako, le 20 février 2019 à l`hôtel Sheraton. Le ministre de l`Habitat et de l`Urbanisme a présidé la cérémonie d`ouverture de l`atelier au cours duquel la Banque Mondiale a procédé à la présentation des résultats de son étude intitulée "Bamako, Moteur de croissance économique et inclusive". Photo: Adama Sangaré
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Accusés de détournement de deniers publics, faux et usage de faux, l'ancien maire du District de Bamako et ses coaccusés contestent les charges retenues contre eux.

Au cœur du dossier : des opérations de lotissement et d'attribution de 27 656 parcelles dans la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou. A la barre, Adama Sangaré affirme avoir agi sur instruction verbale de l'ancien président Ibrahim Boubacar Kéita.


Le procès de l'affaire des morcellements et des attributions de parcelles à usage d'habitation dans la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou s'est ouvert le lundi 12 octobre 2026 devant la chambre criminelle du Pôle national économique et financier. Adama Sangaré, ancien maire du district de Bamako, et ses coaccusés sont poursuivis pour détournement de deniers publics, complicité, faux et usage de faux. Plus de 3000 parcelles sont au cœur de cette affaire foncière.

Les faits.

A la suite d'une dénonciation du ministère des Domaines et des Affaires foncières portant sur des faits constatés dans le cadre des lotissements de la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou, une information judiciaire a été ouverte afin d'instruire le dossier.

La zone aéroportuaire de Bamako-Sénou a été classée dans le domaine public immobilier de l'Etat par le décret n°99-252/PRM du 15 septembre 1999 portant classement d'une parcelle de terrain destinée à l'emprise aéroportuaire. Elle s'étend sur une superficie de 7194 hectares et est soumise au régime de gestion du domaine public, conformément au Code domanial et foncier en vigueur à l'époque.

L'instruction de l'affaire a mis en évidence des opérations irrégulières de lotissement qui auraient été menées par certaines autorités communales et des représentants de l'Etat. Parmi les personnes mises en cause figurent Adama Sangaré, maire du district de Bamako, Souleymane Dagnon, maire de la Commune VI du district de Bamako, Ibrahima Koïta, sous-préfet de Kalabancoro, et Daha Kéita, également sous-préfet de Kalabancoro.


Ces autorités auraient bénéficié de l'appui d'agents immobiliers, notamment Bourama Comogara, ainsi que d'agents des services techniques de l'Etat, en particulier du génie rural de Kati, dont le chef était Dramane Traoré. Courant 2016, 2017 et 2018, Adama Sangaré aurait pris plusieurs décisions portant régularisation de parcelles dans cette zone. Au total, 381 décisions auraient été prises, portant sur l'attribution de 27 656 parcelles. Parmi elles figurent 130 décisions concernant 12 305 parcelles à Niamakoro-Diallobougou, 48 décisions portant sur 5663 parcelles à Kalabancoura, 74 décisions relatives à 2522 parcelles à Faladié et 41 décisions concernant 3525 parcelles à Sénou.Selon les éléments du dossier, Souleymane Dagnon, alors maire de la Commune VI du district de Bamako, aurait procédé aux lotissements de la zone aéroportuaire. Ibrahima Koïta, sous-préfet de Kalabancoro, aurait délivré des lettres d'attribution en 2008 et 2009 dans le secteur de Gouana, situé dans la zone aéroportuaire.

Daha Kéita aurait approuvé des plans d'application portant sur des superficies de 7 hectares. Ces mêmes plans auraient été signés par Dramane Traoré, chef du service local du génie rural du cercle de Kati, qui y mentionnait la "zone aéroportuaire", alors qu'il devait légalement émettre un avis favorable ou défavorable.

Dramane Samaké, qui n'est pas géomètre-expert, aurait assuré l'application des plans. Dansina Doumbia, promoteur d'une agence immobilière, aurait procédé au morcellement de concessions rurales à usage d'habitation. Quant à Bourama Comogara, également promoteur d'une agence immobilière, il serait à l'origine des lotissements de Sénou-Nord, dont les parcelles auraient été attribuées par le maire du district, Adama Sangaré.


Cette affaire met en lumière une problématique ancienne au Mali : la gestion du foncier urbain, souvent marquée par des attributions contestées et des litiges récurrents. Elle souligne également la place sensible des élus locaux dans les procédures d'attribution des terrains.

La défense conteste la procédure

La journée du lundi 12 octobre a été consacrée à la lecture de l'arrêt de renvoi et aux observations des avocats de la défense. Ceux-ci ont d'abord demandé la mise en liberté des accusés. Ils ont soutenu qu'Adama Sangaré avait déjà été jugé en 2020 par la Cour suprême pour les mêmes faits et qu'il ne pouvait, dès lors, être poursuivi une seconde fois dans la même affaire.Les avocats ont également contesté la compétence de la chambre criminelle du Pôle économique et financier pour statuer sur un dossier qui, selon eux, avait déjà été examiné par la Cour suprême. Ils ont présenté les faits reprochés à l'ancien maire comme relevant d'actes administratifs. Selon leur argumentation, la décision de morcellement aurait été prise en conseil municipal sur la base d'un "ordre verbal" de l'ancien président Ibrahim Boubacar Kéita. De son côté, le ministère public a défendu la compétence du Pôle national économique et financier et demandé à la chambre criminelle de rejeter les exceptions soulevées par la défense, afin que le procès puisse se poursuivre. Le mardi 13 octobre 2026, la chambre criminelle s'est prononcée sur ces exceptions, qu'elle a rejetées, les jugeant mal fondées. Le procès s'est alors poursuivi avec l'interrogatoire de l'accusé principal, Adama Sangaré.

A l'entame de son interrogatoire, l'ancien maire du district de Bamako a affirmé avoir procédé aux lotissements et aux attributions de terrains sur instruction verbale de l'ancien président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita.


Selon lui, ces opérations visaient à mettre des logements sociaux à la disposition de ressortissants du Nord du Mali, notamment des éléments de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA), du Groupe d'autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), ainsi que des membres de la famille Intalla.A la tête de la mairie du district de Bamako du 17 juillet 2007 jusqu'à son arrestation, le 20 septembre 2023, Adama Sangaré a catégoriquement nié l'ensemble des charges retenues contre lui.

Il a soutenu que les opérations de lotissement, de morcellement et d'attribution de terrains qu'il a conduites ne concernaient pas la zone aéroportuaire de Bamako-Sénou. Selon ses explications, les espaces concernés se situeraient notamment à Faladié-Est, Sénou, Kalabancoura-Sud et Niamakoro-Diallobougou.

Interrogé sur les conditions dans lesquelles ces opérations avaient été réalisées, l'accusé a réaffirmé avoir agi sur instruction et ordre verbaux de l'ancien président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita dit IBK. Il a également évoqué l'accord du Premier ministre de l'époque, du ministre chargé de l'Administration territoriale, Mohamed Ag Erlaf, ainsi que du ministre des Domaines. A la question d'un magistrat sur l'objet de ces opérations de morcellement et d'attribution de terrains, Adama Sangaré a répondu qu'il s'agissait de trouver des espaces d'habitation pour certains ressortissants du Nord du Mali, notamment des éléments de la CMA, du Gatia et des membres de la famille Intalla, une famille traditionnelle et politique influente de la région de Kidal.


Selon ses déclarations, ces opérations répondaient à une démarche de recherche de logements et non à une volonté de porter atteinte aux biens publics.

La question des frais de démolition

Interrogé sur les frais de démolition, Adama Sangaré a indiqué que la gestion de la caisse relevait des agents du ministère de l'Economie et des Finances, et non de la mairie. Concernant les frais liés à la démolition de certaines installations dans la zone aéroportuaire, notamment une somme de 500 millions de F CFA, dont environ 49 millions auraient été liés aux opérations de versement dans les caisses de l'Etat, il a affirmé n'avoir été ni informé ni associé à ces opérations. L'ancien maire a ajouté que les biens concernés se trouvaient aujourd'hui entre les mains de l'Etat.

"Et si on m'accuse de les détourner ou de porter atteinte à ces mêmes biens, où est donc la vérité ?", s'est-il interrogé. Les débats se poursuivent avec l'interrogatoire des autres accusés, dans le but d'éclairer les juges de la chambre criminelle du Pôle national économique et financier.

Marie Dembélé

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