Le FLA (Front de libération de l’Azawad) a franchi un pas qu’il n’aurait jamais dû franchir. Il vient de solliciter l’aide d’Abou Dhabi, lui demandant de lui fournir des armes pour pouvoir continuer la lutte contre Bamako. En agissant de la sorte, il se met en porte-à-faux avec un pays qui n’a jamais montré d’hostilité à son égard : l’Algérie. Ce mouvement dissident avait pourtant signé les accords d’Alger, suspendant ainsi son action militaire et acceptant l’intégrité territoriale du Mali, à condition de disposer d’une large autonomie dans cette région du Nord frontalière avec l’Algérie. Le coup d’État militaire survenu après la signature des accords d’Alger a toutefois perturbé ce processus. Pendant un certain temps, la junte militaire qui a pris le pouvoir s’était montrée hostile envers l’Algérie et avait dénoncé les accords. Le FLA, conforté par la tournure des événements, a alors repris la lutte armée et infligé de lourdes pertes à l’armée régulière malienne. Comprenant l’énorme erreur qu’il avait commise, le pouvoir militaire installé à Bamako s’est ensuite ravisé et a repris ses relations avec l’Algérie. Mais pour le FLA, il est hors de question de revenir à la situation antérieure, celle dessinée par les accords d’Alger. Il profite ainsi d’un contexte nouvellement établi sous la houlette des Émirats arabes unis et du Maroc. L’objectif de ces derniers consiste à isoler l’Algérie du Sahel en la poussant à intervenir militairement dans cette région pour y maintenir une position qu’elle a toujours eue et qui demeure éminemment stratégique, comme l’a déclaré récemment le chef d’État-Major de l’ANP, le général d’armée Saïd Chengriha. Des contacts ont été entrepris par l’entremise de la partie est de la Libye, sous l’emprise du maréchal Haftar, pour unifier les tactiques de déstabilisation afin de renverser la junte militaire au pouvoir au Mali. L’objectif est de la remplacer par une autorité qui romprait à nouveau les relations diplomatiques avec Alger. Nous avons donc affaire à un complot incluant le FLA, avec la promesse d’une indépendance de la région qu’il contrôle, l’Azawad. Le pouvoir contrôlé par le général Haftar et l’aide militaire émiratie devaient aboutir à un renversement de la tendance actuelle. Cela profiterait à la partie libyenne contrôlée par Haftar, qui disposerait d’une base pour isoler militairement le gouvernement de Tripoli, soutenu par l’Algérie. Cela a failli réussir avec le Niger, mais avec l’aide de l’Algérie, la tentative de coup d’État a échoué. C’est donc au tour du Mali, avec l’entrée en scène du FLA, de voir ce complot réactivé. Il s’agit donc d’une coalition dirigée non pas tant contre le Mali que contre l’Algérie elle-même. Il se trouve que ce complot est bien connu d’Alger. La déclaration de Saïd Chengriha, reprise par la revue El Djeïch, est claire et ne souffre d’aucune ambiguïté : l’Algérie ne permettra jamais qu’un groupuscule installé à ses frontières puisse remettre en cause une géographie millénaire incluant un pays (le Mali) dont les frontières actuelles sont celles qui ont toujours existé à travers les siècles. La conspiration contre l’Algérie se précise de jour en jour. Il s’agit d’un plan machiavélique concocté par une triade dont le Maroc est la cheville ouvrière. Les Émirats arabes unis, quant à eux, tirent les ficelles pour obtenir le contrôle du Sahel et en faire une dépendance leur donnant une influence qu’ils n’ont plus dans la région du Golfe, où l’Arabie saoudite veille au grain. Enfin, le dernier acteur est l’entité sioniste, qui ne cherche qu’une chose : isoler l’Algérie pour consolider son projet de mettre un terme définitif à l’idée d’un État palestinien.