À Niaréla, la famille Sanogo est joyeuse. Et comment ! Si les temps n’étaient pas
aussi durs, elle aurait tué dix bœufs pour saluer la mise sous mandat de dépôt
de leur tortionnaire assermenté. J’ai nommé le juge d’instruction du tribunal
de première instance de la Commune II, le sieur Abdoulaye Kamaté, par le fait
duquel 8 pères de cette noble famille, qui n’ont jamais eu d’histoire avec la
justice, ont été arbitrairement emprisonnés tous ensemble. N’est-ce pas cruel
et inhumain pour un juge de vider une famille de ses bras valides pour les
deniers de Judas ?
“Dieu ne dort pas et ne dormira pas. Qu’Il soutienne la vérité”, s’étaient écriées
les victimes qui, tout en maudissant Abdoulaye, le magistrat peu regardant sur
son serment et la déontologie, avaient remis leur sort entre les mains du Tout
Puissant. Dieu leur a répondu cinq sur cinq. N’est-il pas Lui, Le Compatissant,
Le Très Miséricordieux, Le Tout Miséricordieux et Le Vengeur des pauvres comme
les Sanogo emprisonnés par la loi en dépit de leur droit ?
Le juge Kamaté a reçu les malédictions dans le dos et en pleine figure. Elles
l’ont terrassé. Il médite désormais en prison sur son sort et l’infortune des
juges véreux contre qui la roue du destin a tourné et tournera. Inch’Allah.
N’est-ce pas, Ladji Bourama ?
Dans les tribunaux de première instance, les magistrats ont désormais l’esprit
tourmenté à leur tour. Ceux parmi eux, ceux qui ont trempé dans les affaires
juteuses des jugements préfabriqués orchestrés ont peur. Car ils craignent le
déshonneur. Vont-ils se faire hara-kiri?
Oumar COULIBALY