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Serge Daniel correspondant de RFI à Bamako : «Les jihadistes sont en train de revenir»
Publié le mardi 22 avril 2014  |  Le Reporter Heddomadaire




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«C’est simple, le temps nous assassine nous autres, mais eux ils assassinent le temps. Ils jouent contre la montre, ils estiment que tôt ou tard, ils vont reprendre les localités. Cela passe pour le moment par la guérilla, les attentats, et les roquettes qui tombent sur ces localités.» «… Mais, la bête vit toujours», écrit Serge Daniel dans son dernier livre. Trafic de drogues, d’armes, d’êtres humains, enlèvement d’otages... Les mafias du Mali, publié aux éditions Descartes et Cie, raconte comment les groupes jihadistes continuent de prospérer dans le nord du Mali, quinze mois après le lancement de l’opération Serval. Serge Daniel, correspondant de RFI à Bamako, est l’invité d’Anthony Lattier.

Que sont devenus les jihadistes qui avaient pris le contrôle du Nord du Mali, il y a deux ans ?
Serge Daniel : À mon avis, ils sont revenus. Ils sont en train de revenir, parce qu’il n’y a pas de véritables batailles entre les jihadistes et les forces étrangères. Les forces étrangères notamment françaises et tchadiennes ont été les chercher à la fourchette à l’escargot, si vous permettez l’expression, au nord-est. Mais, entre-temps, ils se sont disséminés dans la nature ; ils ont été dans les pays voisins. Il y a un couloir entre le Mali et la Libye, et aujourd’hui, ils sont en train de revenir. J’en ai rencontré sur le terrain à 50 à 50 Km de Gao.
Ils sont revenus, c'est-à-dire dans les villes du Mali qu’ils occupaient ?

Dans la périphérie parce que, par exemple, je vous raconte cette anecdote : ce mois-ci à 70 Km de Tombouctou, ils ont été dans le marché. Le marché se trouve dans la localité Zouerad, ils ont distribué publiquement des tracts à Gao, à 10 ou 20 Km de Gao. Ils ont fait pire, ils ont pris le contrôle d’une localité toute une après-midi.
Quel est l’objectif, quel est le plan de ces jihadistes ?

C’est simple, le temps nous assassine nous autres, mais eux ils assassinent le temps. Ils jouent contre la montre, ils estiment que tôt ou tard, ils vont reprendre les localités. Cela passe pour le moment par la guérilla, les attentats, et les roquettes qui tombent sur ces localités.
Ont-ils changé de stratégies depuis l’intervention française ?

Ah oui, ils sont plus discrets parce que vous les voyez, parfois même ils sont rasés. Ils se rasent les barbes pour ne pas être reconnus ; ils se font plus discrets. Ils ont abandonné les véhicules. Vous les voyez circuler parfois à dos de chameaux dans le désert.
Et quels sont les groupes les plus puissants aujourd’hui ?

Il y a trois groupes aujourd’hui. Vous avez le groupe dirigé par Yehia Bouhaman, qui est adoubé par Al-Qaïda mère. Vous avez ensuite le groupe qui a fusionné Mokttar Bel Mokthar qui, d’après mes informations, est plus vers la Libye aujourd’hui avec le Mujao, une branche du Mujao. Et vous avez un troisième groupe, qui est un groupe de Touaregs dirigé par un certain Hamada.
Et ces groupes sont quand même en rivalité ?

Ils ne sont pas en rivalité. Le point commun, l’ennemi commun, c’est le gouvernement malien ; l’ennemi commun, ce sont les forces occidentales. Ce sont des groupes qui sont sur le même terrain, donc forcément, il y a une entente entre ces groupes. Même s’il y a des rivalités plutôt d’orgueil, de prestige (…), ils ne vont jamais se battre entre eux.

Vous évoquez une secte qui s’implante au Mali, la secte des pieds nus. Quel est ce groupe ?
C’est dangereux ! Le patron, c’est Halé Kanouté, il s’appelait. Il était en prison à Tombouctou avant l’arrivée des jihadistes parce qu’il purgeait une peine, et puis, il a été libéré à l’arrivée des jihadistes. Alors là, il a des milliers de personnes, plusieurs centaines de personnes à travers le Mali. Il est, lui, pour l’application de la charia, et il a pactisé un moment avec les jihadistes.
Vous parlez d’un homme qui est en train de monter en grade, Ben Kassem Zahoudy, qui est cet homme ?
C’est un Algérien, il était arrêté par les forces maliennes. Et pour libérer les otages européens, les islamistes ont estimé qu’il fallait le libérer. Il a été libéré par le Mali et c’est aujourd’hui lui qui est en train de faire la jonction entre tous les groupes mafieux islamistes dans le nord du Mali, comme s’il y avait une passerelle entre tous ces groupes islamistes.

Concernant l’enquête sur l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, vous êtes allé enquêter à Kidal dans le nord du Mali où cela s’est passé en janvier dernier. Qu’est-ce que vous avez appris ?

Ce que j’ai appris, c’est que Baye Ag Bakabo, qui est le principal suspect dans l’enquête pour moi, je l’ai retrouvé sur les lieux à l’endroit où il s’est approvisionné en essence et carburant avant de faire son coup. Je pense qu’il y a beaucoup de zones d’ombre, notamment comment l’intervention de l’armée française s’est déroulée ? Est-ce que le bruit des hélicoptères fait peur aux jihadistes ? Est-ce que les avions français ont tiré ? Pourquoi l’enquête piétine-t-elle aujourd’hui ? Il y a beaucoup de zones d’ombre dans cette affaire.

Et vous dressez le portrait de ce suspect que vous évoquez, Baye Ag Bakabo, véritablement pas un foudre de guerre. Pourquoi l’écriviez-vous, pour quelle raison ?

Non, tout simplement parce que ce n’est pas un islamiste pur et dur. C’est un trafiquant, je parlais tout de suite du nord du Mali, en parlant de trafic de cocaïne. Il a fait un peu de trafic de cocaïne ; il a été un berger ; il a vendu des animaux ; il a vendu des armes. Il a volé. Entre-temps, il a enlevé des voitures de l’administration malienne qu’il revendait à Al-Qaïda au Maghreb. Et puis, ce monsieur a estimé qu’il fallait se faire pardonner par Aqmi, qui lui en voulait. Et puis, il a donc décidé son opération.

En France, une information judiciaire a été ouverte le 11 avril dernier. Au Mali, l’enquête avance-t-elle ?

L’enquête avance oui et non. Oui, parce que je sais qu’il y a une volonté chez le président de la République et chez les juges de faire la lumière sur ce qui s’est passé. Mais il faut aller sur le terrain, ce n’est pas possible parce qu’il y a des problèmes de sécurité. Ensuite, il y a un problème d’entraide judiciaire entre le Mali et la France. Mais, je pense qu’avec le dernier développement, ça va avancer puisque les soldats de la Minusma y seront, comme le savez. Ils vont être entendus par le juge.
(Source : RFI)

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