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Les ex-otages de Kidal racontent leur calvaire : «Nos chefs nous ont abandonnés sans crier gare»
Publié le vendredi 1 aout 2014  |  Le Reporter Mensuel




C’est le mardi 15 juillet 2014, grâce à une médiation algérienne, que l’avion transportant les ex-otages (militaires et policiers maliens) a atterri à l’aéroport de Bamako Sénou. Au bas de la passerelle pour l’accueil, le Premier ministre Moussa Mara et d’autres membres du gouvernement. Cette cérémonie est aussi celle d’échange de prisonniers, car l’avion algérien devait ramener à Kidal 41 rebelles touaregs. Si cette action a été saluée par tous, force est de reconnaître que les ex-otages maliens, surtout les blessés graves, végètent et sont oubliés par l’Etat. Le jour de leur arrivée, après l’accueil, ils ont été obligés de mettre la main à la poche pour pouvoir rentrer chez eux. Nous avons rencontré l’un d’entre eux qui se dit surpris par le comportement des autorités, qui les avaient déjà abandonnés au front. Il nous parle du déroulé de la bataille du 21 mai 2014.

Bien avant les combats, il y a eu d’abord le rappel des troupes. Sur instruction des autorités, les Gtia Elou, Balanzan, Sigui et quelques éléments des bérets rouges, de même que l’unité spéciale de l’armée, avaient tous pris la route pour Kidal. Ça commence, le 19 mai 2014, avec le mouvement du Gtia Balanzan au grand complet, qui quitte Anefis pour Kidal. Ce Gtia prend le départ à partir de 13 heures pour arriver à 20 heures à Kidal. Ses éléments prennent directement position au Camp I. Ils se retranchent après derrière une colline, après le Fort de Kidal. Et c’est très tôt le matin que le Gtia Balanzan, sans avoir mangé, a pris cette position. Les éléments du Gtia Elou et de l’unité spéciale, des bérets rouges étaient là. À la veille, le 20 mai 2014, ils accueillent le général Didier Dakouo, à 15 km de la ville de Kidal. Lequel venait ainsi rejoindre le général Gamou, qui y était avec ses hommes.

Selon notre ex-otage, c’est le 21 mai 2014, à 6 heures, sans avoir mangé, qu’ils regagnent leurs positions, il s’agit des éléments de l’infanterie BA avec leur commandant, un lieutenant. Soudain, ils entendent un coup de feu provenant de ceux qui étaient derrière eux. Leur lieutenant leur demande alors de se tenir prêts : ils resteront sur leurs positions jusqu’à 11 heures. Avant de s’apercevoir que les éléments de Gamou avaient changé de position. En d’autres termes, ils s’étaient carrément repliés. C’est en ce moment qu’il une balle ennemie prend un de leurs éléments à la tête. Un premier groupe de soldats part pour le récupérer ; un autre est blessé au pied. Toutes choses qui les immobilisent en ces lieux. Au final, c’est l’élément blessé à la tête qui leur demandera de le laisser mourir, afin puisqu’ils continuent le combat. Il succombera à sa blessure quelques minutes plus tard, explique notre source. Face à cette situation, coincés, le lieutenant et ses hommes, voyant que bon nombre de groupes avaient abandonné leurs positions, se voient obligés de faire mouvement vers le camp 1 de Kidal. C’était aux environs de 15 heures. Ils retrouvent un camp vide : «il n’y avait personne. Le camp était entouré par les ennemis», raconte-t-il.

Se trouvant entourés, des éléments tentent de fuir, l’ennemi ouvre le feu en tuant certains d’entre eux. Ceux qui ont pu s’échapper ont été récupérés derrière le Fort de Kidal par les éléments de la force spéciale de l’armée. C’est sous la protection de la force spéciale qu’ils prennent la direction du camp de la Minusma, où les soldats de l’ONU vont ouvrir le feu sur eux. Peut-être des tirs de sommation. Ceux qui sont restés dans le camp de l’armée malienne, sont brimés par les rebelles. Dans un désordre indescriptible, puisqu’il était devenu difficile de faire un distinguo entre les éléments des forces présentes : Hcua, Mnla, Boko Haram, Aqmi, etc. Ils se verront dépouillés de leur argent, de leurs téléphones portables, tenues militaires… Dans le même temps, selon notre ex-otage, ils s’accaparent de deux BM21 (ils ne pouvaient pas les utiliser), des camions et chars. Pendant que, dans la ville, il y avait des cris, des coups de feu, des gens –notamment des militaires- qui cherchaient à fuir par tous les moyens. «Beaucoup de militaires sont morts de soif», raconte-t-il.

Certains seront protégés par des familles kidaloises avant d’être livrés sous la pression. La ville s’animait aux cris des «Allah Akbar, Allah Akbar». Des véhicules circulaient dans tous les sens. Dans leur fuite, certains de nos militaires se sont retrouvés dans les villages environnants. À l’instar du colonel Faysal, le bras droit de Gamou, selon notre source. D’ailleurs, il a été d’abord pris à partie en essayant de regagner son village. Selon notre otage, c’est dans le camp de l’armée malienne que les rebelles leur auraient dit «qu’aucun de leur chef n’est dans la ville, qu’ils ont tous fui en les laissant. Et qu’à partir de maintenant, ils sont des prisonniers».
Conditions de détention

Le Hcua détenait 32 militaires et policiers. Le Mnla, 16. Mais après, il y a deux blessés qui ont été évacués sur Gao, un du Mnla et l’autre du Hcua. Notre source croit savoir que le Hcua détenait plus de prisonniers que les autres groupes, lesquels lui remettaient leurs prisonniers. Excepté le Mnla, qui ne détenait que des policiers. Les éléments du Hcua étaient à la Maison des jeunes de Kidal, alors que ceux du Mnla se squattaient les locaux de l’ANPE.

D’après les ex-otages, leur situation était fonction de l’humeur des geôliers. «Il y avait des jours où nous causions en bamanakan, français, souvent en tamasheq. Mais, il y avait des jours où nos gardiens passaient la journée à braquer leurs armes sur nous. Au début, nous ne mangions pas à notre faim. Plus tard, les Algériens ainsi que la Croix Rouge nous ont apporté à manger. Nos geôliers en ont aussi profité. C’était de la bonne qualité, surtout leur haricot».

Il y a eu également des jours sans pain, selon notre ex-otage, par le fait d’un élément du Hcua, qui interdisait par ailleurs toute communication téléphonique. Se laver n’était plus à l’ordre du jour ; l’uniforme militaire aussi. Parmi les rebelles, raconte notre ex-otage, «il y a un ancien policier qui parle plusieurs langues nationales. C’est ce dernier qui faisait leurs courses : achat de cartes de recharge pour les téléphones, transfert d’argent via Orange money». À en croire notre source, c’est pendant leur détention qu’ils ont compris que l’armée a perdu beaucoup d’hommes à Kidal. En faisaient foi, plusieurs cartes d’identité qui leur ont été présentées, avec des noms qu’ils connaissent. «Selon les rebelles, certains sont morts de soif dans les collines, parce qu’ils ont refusé de se rendre. D’autres dans les combats», rapporte notre source.

Le lavage de cerveau

Pendant leur détention, explique notre source, les chefs du Hcua ont tenu une réunion à l’issue de laquelle ils ont décidé de faire un lavage de cerveau aux prisonniers. En leur disant qu’ils étaient tous passés par l’armée du Mali, qu’ils ont mené des combats pour elle, mais qu’au final, ils ont dû déserter.

C’est leur soi-disant ministre de la Défense, chef Haoussa, qui a rencontré les ex-otages pour leur expliquer tout cela. La rencontre avec les militaires maliens était jour de fête pour les geôliers, lesquels avaient abattu un gros bélier qu’ils ont partagé avec leurs prisonniers. Stratégie d’enrôlement, car le chef Haoussa ne s’est pas privé d’expliquer à ses prisonniers qu’il paye ses combattants à 500 000 Fcfa par mois, en plus de formations dans plusieurs pays du Golf. Il expliquera plus tard que son groupe bénéficie du soutien de beaucoup de pays qui prétendent soutenir le Mali. Avant de recommander aux jeunes militaires de revenir les rejoindre après leur libération, afin de bénéficier de conditions meilleures, dignes d’un soldat. Il leur a même indiqué les voies à suivre, à partir de Bamako.

Mais le chef Haoussa aura eu pour seule réponse un silence assourdissant. «Nous n’avons même pas dit un mot, parce qu’il ne savait qui nous sommes», affirme notre source. C’est le soir, à la fin de la journée, que le chef Haoussa les informera de leur libération, et donc, de se préparer afin de quitter Kidal pour l’Algérie où un avion viendra les récupérer pour Bamako. Ils quittent Kidal à 1 heure du matin par route pour la frontière algérienne, d’où ils décollent vers 16 heures pour Bamako.

L’arrivée à Bamako et la déception

Mardi 15 juillet 2014, ils arrivent à Bamako. Après l’accueil devant les officiels et l’échange des prisonniers (l’avion qui a transporté les militaires et policiers maliens devait retourner avec les rebelles touaregs à Kidal), les ex-prisonniers se sont retrouvés au Génie militaire. Où tous les chefs militaires et de la police ont tenté de leur remonter le moral. En leur faisant comprendre que leur mésaventure fait partie de la vie d’un soldat, l’essentiel étant de revenir sains et saufs.

Sur place, les ex-otages ont reçu 24 kilos de sucre, 100 000 Fcfa représentant deux mois de prime. Les policiers, qui en faisaient partie, ont regagné leurs domiciles à bord de deux Pick-up, sur instruction de leur directeur général Hamidou Kansaye. Les militaires sont restés. Auxquels un élément de la sécurité d’Etat a donné 5000 Fcfa comme «frais de bouche (nourriture)». Comme pour dire : «débrouillez-vous avec cet argent pour manger». Ceux qui voulaient après rejoindre leurs parents, ont dû payer de leur poche leurs frais de transport. Contrairement aux policiers de Bamako qui ont fait une mobilisation financière pour leurs éléments revenus de Kidal. Alors que certains d’entre eux souffrent d’ennuis de santé, les ex-otages militaires ont tous eu droit à seulement 15 jours de repos.

Par ailleurs, les ex-otages disent ne pas comprendre la fuite de leurs chefs sans, en aviser la troupe, la laissant ainsi aux mains de l’ennemi. Encore moins le traitement inhumain qui leur a été infligé à Bamako à leur retour. Pis, selon eux, tous les militaires n’ont pas été libérés. En effet, un combattant rebelle à Kidal qui leur aurait fait savoir qu’il y a encore 4 soldats maliens en détention à Kidal. Avis aux autorités pour les faire libérer, et éventuellement, coopérer avec les ex-otages pour obtenir des renseignements utiles sur leurs geôliers.
Kassim TRAORE
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