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Le Combat N° 486 du 22/10/2012

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Expulsion de la Guinée de maliens présumés djihadistes : Conakry s’emballe et le HCR est préoccupé
Publié le lundi 22 octobre 2012  |  Le Combat




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Le week-end dernier, 26 personnes originaires du Nord du Mali ont été expulsées de la Guinée Conakry pour cause : la Gendarmerie guinéenne les soupçonnait de conspiration.

Cette accusation intervient au moment où se prépare une intervention militaire internationale pour réunifier le Mali. C’est dire que la crise au Mali n’a pas encore fini de dévoiler toutes ses facettes.

Les autorités du pays d’Alpha Condé ont décidé d’expulser de leur sol 26 Maliens qu’elles soupçonnent d’être des djihadistes. Composés de 25 jeunes âgés de 25 à 30 ans et d’un vieil homme, ces ressortissants maliens originaires de la région de Gao ont été remis aux autorités maliennes le 14 octobre 2012. Si les faits dont on les soupçonne sont avérés, il faut s’en inquiéter, mais aussi s’en réjouir. S’en inquiéter car cela voudrait dire que les djihadistes ont déjà infiltré les villes de la sous-région pour y répandre leurs tentacules.

S’en réjouir parce que l’opération signifierait que les services de renseignements de la Guinée sont efficaces et que le pays d’Alpha Condé ne tient pas à vivre ce que les Maliens sont en train d’endurer comme souffrance. Dans les années 1990 à 2000, la Guinée avait payé un lourd tribut lors des conflits libériens et sierra-léonais du fait de l’infiltration d’éléments en provenance des zones en guerre. C’est pourquoi le pays n’acceptera pas sur son sol des ressortissants non identifiés en provenance du Nord du Mali. C’est avec cet argument que la Guinée explique l’expulsion ou la reconduite à la frontière de 26 personnes, dont 25 fraîchement arrivées de Gao. Selon la Gendarmerie guinéenne, ces personnes tenaient, tous les vendredis, des réunions nocturnes dans la périphérie de Conakry. Après investigation et infiltration, les forces de sécurité guinéennes ont d’abord procédé, dans un premier temps, à l’audition des Maliens qui aurait révélé qu’un projet de conspiration visant à déstabiliser la Guinée était en cours de préparation.

Après avoir saisi les autorités diplomatiques maliennes en poste à Conakry, la décision de reconduire ces soupçonnés à la frontière a été prise par les autorités guinéennes. Ce que contestent pourtant des responsables de la communauté malienne résidant en Guinée : ils affirment qu’en venant à Conakry, leurs compatriotes n’étaient autres que des hommes en difficulté en quête d’abris, de protection ou à la recherche d’une terre d’asile. Selon toute logique, cette expulsion des Maliens devrait interpeller les autorités maliennes qui traînent les pieds pour la libération du Nord du Mali. Le fait d’accuser ces Maliens d’islamisme constituera une très mauvaise image pour le pays qui en prendra ainsi un sérieux coup. Si les Maliens en sont conscients, ils devraient donc se débarrasser rapidement de ces islamistes qui dictent leurs lois au Nord afin que le Mali retrouve son statut de pays laïc où les citoyens pratiquent un Islam modéré et tolérant. Nul ne peut nier le fait que le Mali a longtemps été un pays où le savoir coranique s’acquiert dans la paix, sans aucune distinction de race ni de couleur. C’est au Mali que d’éminentes personnalités du monde musulman ont reçu les enseignements et les vertus de l’Islam. Déjà, le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) exprime sa préoccupation concernant la procédure d’expulsion de la Guinée des 26 Maliens soupçonnés par les autorités de conspiration. Dans une déclaration en date du vendredi 19 octobre dernier adressée au ministre guinéen des Affaires étrangères François Louncény Fall, le HCR indique qu’il s’agit de commerçants.

« Il nous revient que ces personnes, commerçants de leur état, ont été appréhendées à Conakry et reconduites à la frontière du Mali en raison de leur appartenance supposée au nord du Mali, ethniquement et culturellement », affirme le HCR tout en exprimant sa préoccupation concernant la procédure suivie et laissant entendre qu’il n’y a pas été associé. Mais l’organisation espère que les autorités guinéennes trouveront à l’avenir le moyen de permettre au HCR de s’assurer que les personnes concernées n’expriment aucune crainte de persécution en cas de retour dans leur pays. Selon la Gendarmerie guinéenne, ces Maliens étaient soupçonnés de conspirer pour déstabiliser la Guinée. « Bien que ces personnes n’aient pas formellement indiqué un risque éventuel pour leur sécurité en cas de retour au Mali, dans les circonstances actuelles, le HCR n’est pas en mesure de savoir si les expulsés ont consenti à retourner dans leur pays et n’ont pas exprimé de craintes de persécution », déclare le HCR qui reconnaît cependant qu’en cas de menace, la Guinée a le droit de prendre les mesures appropriées pour sa sécurité, mais souligne que l’éloignement des personnes indésirables doit être fait dans le respect des procédures légales et ce, même en cas de circonstances graves.

Dans un communiqué, le gouvernement malien regrette ces expulsions tout en indiquant qu’elles ont été effectuées à l’insu des autorités maliennes et de l’Ambassade du Mali à Conakry. Selon le texte, contrairement à certaines allégations, les 26 Maliens expulsés sont de paisibles Maliens établis en Guinée depuis plusieurs décennies, pour certains d’entre eux. Ni la représentation diplomatique du Mali à Conakry (pourtant en contact avec les autorités guinéennes), ni les autorités maliennes n’ont été au préalable averties de leur expulsion, affirme le gouvernement malien. Quel qu’il en soit, notre pays a tout intérêt à se réveiller vite avant que ces djihadistes ne transforment définitivement le Nord en laboratoire indestructible de terrorisme. Le Mali doit donc prendre le mors aux dents et aller en guerre contre le djihadisme. Cela est d’autant plus urgent, que plus la crise perdure, plus elle aura des conséquences fâcheuses pour les Maliens de l’intérieur comme de l’extérieur. Si des mesures ne sont pas prises à temps, cette nouvelle donne survenue en Guinée pourrait porter un grave préjudice à la mobilité de ses compatriotes à l’étranger. C’est en cela qu’il faut souhaiter que l’opération des autorités guinéennes soit menée dans les règles de l’art et qu’elle soit fondée sur des preuves solides et non sur de simples soupçons. Quand on sait ce que les Maliens de l’étranger apportent à leur pays, il faut craindre que de telles situations ne plongent davantage le pays dans une misère encore plus grande alors qu’il est déjà mal en point.

Jean Pierre James

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