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Patrice Carteron : « Au Mali, j’ai repris goût au football »
Publié le mardi 30 octobre 2012  |  Autre presse


Conference
© aBamako.com par as (Photo d`archive)
Conference de presse de Patrice Carteron, entraineur des Aigles du Mali
29/08/2012. Bamako.


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Sélectionneur des Aigles du Mali depuis juillet, Patrice Carteron est parvenu à rebondir après un amer et cuisant échec en Ligue 1 du côté de Dijon. Aujourd’hui, avec la CAN 2013 en ligne de mire, ce passionné relève un immense challenge sportif et humain.

GazetteINFO.fr : On vous a quitté à Rennes après une descente en Ligue 2… Où vivez-vous désormais ? Au Mali ?

Patrice CARTERON : Je passe beaucoup de temps à Bamako pour aller voir des matchs du championnat local et de Ligue des Champions africaine. Le Mali a deux clubs en demi-finale. C’est important pour moi de m’imprégner de la culture locale. J’aide la Fédération à se développer. En France, je n’ai pas de pied à terre, si ce n’est dans ma famille en Bretagne.

Dernièrement, vous avez déclaré vous être « réconcilié avec le football »… Vous êtes reparti du DFCO dégoûté du football ?

Oui, je suis parti de Dijon carrément écœuré. Ce que j’ai vécu lors du dernier mois et demi, cette descente aux enfers, m’a énormément marqué. Il m’a fallu beaucoup de temps pour reprendre goût au football, car nous avions les capacités de faire mieux. Même si j’ai eu quelques sollicitations en France, je suis content d’être parti à l’étranger, avec un challenge intéressant, qui change de l’ordinaire. Je ne me voyais pas reprendre un club de Ligue 2, car on avait réussi l’exploit de monter en Ligue 1 avec Dijon. J’aurais pu choisir la solution de facilité et partir aux Emirats ou en Chine. Mais je ne pense pas qu’à l’argent, et le challenge malien a eu ma priorité. Financièrement, c’est de loin la proposition la moins importante que j’ai reçue. La possibilité de vivre la CAN en Afrique du Sud et peut-être la Coupe du Monde au Brésil, c’est une opportunité extraordinaire. On apprend beaucoup de l’Afrique, à la fois sur soi et niveau football, en termes de gestion. Tout est différent, et cela va me permettre de progresser rapidement.

A votre départ de Dijon, vous avez préféré garder le silence…

A Dijon, il y a une personne que je respecte, c’est François Rebsamen. Après une discussion avec lui, j’ai décidé de me taire sur les circonstances de mon départ. J’estimais que cela ne servait à rien. Je n’ai rien dit, ce qui n’a pas empêché aux membres du club de dire un certain nombre de choses sur moi… Si l’on veut m’attribuer la faute, et oublier comment, en l’espace de quelques semaines, on a réussi à détruire ce qui avait formidablement bien marché pendant près de trois saisons, c’est leur problème.
« Parti de Dijon carrément écœuré »

Suivez-vous toujours les résultats du DFCO ?

Bien sûr. J’ai gardé contact avec un certain nombre de joueurs. J’avais annoncé à mon ancien staff dijonnais que Dijon serait leader de Ligue 2 au mois de septembre. C’est un effectif jeune, qui n’a pas subi beaucoup de modifications, et je connaissais la qualité du travail que nous avions mis en place. Si les résultats n’avaient pas été bons, on aurait pu nous reprocher la qualité de notre travail… Donc je préfère ça !

Avez-vous eu beaucoup d’offres après votre départ de Dijon ? On pensait vous voir rebondir en Ligue 1…

L’intersaison a été compliquée en Ligue 1. L’an prochain, ce sera différent car beaucoup d’entraîneurs arriveront en fin de contrat. N’étant pas intéressé par un nouveau challenge en Ligue 2, les portes se sont naturellement ouvertes vers l’étranger. J’ai eu deux offres d’Algérie, une en Tunisie, une de Dubaï et une de Chine. Ainsi qu’un contact en Belgique.

Pourquoi ne pas avoir accepté des offres plus exotiques ? Vous aviez peur d’être catalogué ?

Cette jalousie typiquement française envers les gens qui gagnent bien leur vie m’agace au plus haut point… Et ce qu’ils peuvent penser, je m’en fiche. Au Mali, je vais vivre cette expérience comme dans un rêve… Où je reste éveillé car je veux que l’on réussisse. Il n’y a pas photo entre coacher une équipe en France et s’occuper de la 27eme nation mondiale…

Vous avez répondu « oui » tout de suite ?

On a dû conclure le contrat en cinq minutes. Je voulais vivre cette expérience, découvrir l’Afrique, en sachant que la situation au Mali est aujourd’hui difficile. J’avais beau savoir ce qu’il se passait là-bas, quand on le vit au quotidien, notre vision des choses évolue.



Le Mali est en proie à une guerre civile. Au moment du choix, ce contexte ne vous a pas refroidi ?

Non, et je pense que les Maliens ont apprécié que je vienne alors que le pays est en difficulté. Mais j’ai souvent repris des clubs en difficulté, où il fallait rebâtir. C’est vrai que certains soirs, quand il y a beaucoup de contrôles de l’armée, ça fait un peu peur… Mais c’est une façon de grandir et se prouver que l’on peut faire du bon boulot dans un contexte difficile.

La semaine d’un sélectionneur, ça ressemble à quoi ?

La fonction de sélectionneur, comme je la vis au Mali, ressemble à ce que je vivais à Dijon en tant que manager. Je multiplie les réunions, je suis chargé de gérer tout ce qui est logistique par rapport aux équipements pour la Coupe d’Afrique des Nations. Je m’envole samedi (le 20 octobre dernier) à Durban pour me rendre dans l’hôtel qu’occupera la sélection, pour voir le terrain d’entraînement et pour le tirage au sort. Chaque semaine, j’observe une trentaine d’internationaux maliens, soit en me déplaçant sur place et par vidéo. Certes, je n’ai pas d’entraînements à préparer, par contre, en termes d’observation, c’est un travail titanesque !

« Au Mali, le football est vital »

Votre prédécesseur Alain Giresse est parvenu à hisser le Mali sur le podium de la CAN 2012 (3eme). Quel a été l’accueil des supporters ?

Ca a été le même que lorsque je suis arrivé à Dijon. C’est-à-dire un accueil très réservé, plutôt négatif, où les gens se demandent pourquoi on va chercher un si jeune entraîneur que l’on connaît à peine. Aujourd’hui, c’est différent. Le Mali vient de gagner pour la première fois en six ans à l’extérieur, on a fait deux belles performances contre le Bostwana. On en revient toujours au même, quand les résultats sont là, ça fait la différence.

Au Mali, l’engouement doit être énorme ?

Au Mali, un match de l’équipe nationale est l’équivalent d’une finale de Coupe du Monde France-Brésil en 1998… Ici, le football est vital. Le soir, il y a des milliers de personnes qui jouent dans la rue. Le lundi et le jeudi, on m’a proposé d’aller jouer avec les anciens internationaux. En moyenne, il y a 60 à 70 joueurs ! C’est vraiment sympa. Aujourd’hui, quand l’équipe nationale joue, le pays tremble. Le contexte économique et politique étant difficile, les répercussions peuvent être assez incroyables. On a cette responsabilité à chaque match de l’équipe nationale ! Le pouvoir d’une équipe de football dans un pays comme le Mali est aujourd’hui énorme !

L’objectif de la prochaine CAN, c’est forcément le dernier carré ?

C’est effectivement l’objectif fixé. Mais ça dépend de tellement de choses… Le Mali n’est pas un habitué au dernier carré, mis à part une finale et une 3eme place dans toute son histoire. L’équipe ne s’est jamais qualifiée pour une Coupe du Monde. A la CAN, il faudra déjà avoir un peu de chance au tirage au sort en évitant la Côte-d’Ivoire par exemple (tirage : Ghana, Niger, RD Congo)…

Un pays africain sera-t-il capable de se hisser dans le dernier carré du Mondial 2014 ?

En Afrique du Sud, lors du dernier Mondial, le Ghana a échoué en quart de finale contre l’Uruguay aux tirs au but… Ca s’est joué à peu de choses, et le Ghana méritait de l’emporter. Déjà, je pense que l’Afrique mérite mieux que cinq nations qualifiées. Je pense que l’écart s’est énormément réduit entre l’Afrique et l’Europe. Dans les équipes africaines, il y a encore ces défauts d’organisation. C’est le petit truc qui fait la différence. Surtout, n’oublions pas qu’en Afrique, cela fait peu de temps que le football est vraiment structuré.

Sélectionneur, c’est une étape avant de redevenir entraîneur en club au quotidien ?

Pour le moment, honnêtement, je ne sais pas. J’essaye de vivre les choses à l’instant présent. Diriger la troisième sélection africaine, c’est quelque chose d’important. Je verrai en fonction des opportunités qui s’offrent à moi… Pour le moment, je suis très heureux. C’est le défi qu’il me fallait pour reprendre goût au football.

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