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Le Combat N° 506 du 23/11/2012

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La responsabilité du pouvoir dans la crise : Les révélations d’un ancien rescapé aux mains des espions
Publié le samedi 24 novembre 2012  |  Le Combat




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Il y a bientôt un an que le Mali traverse l’une des crises les plus humiliantes de son histoire. Très complexe, avec des revendications aussi lointaines, la crise malienne n’a pas fini de révéler tous ses dessous.

En effet, aujourd’hui, sur tous les fronts, la situation sécuritaire du Mali est celle qui se commente sous toutes les coutures avec des récits aussi variés que complexes. Cela est dû à la mauvaise volonté des autorités déchues et des dirigeants de l’ancienne métropole qui pensaient pouvoir «cacher le soleil avec leurs mains ». Mais ne dit-on pas que « le lièvre se déplace avec ses cornes » ? C’est dire que « quelle que soit la longueur de la nuit, le soleil finira par se lever ». Pour rappel, les premiers tirs de canon ont été entendus pour la première fois le 17 janvier 2012 dans des régions du Nord avant que la crise sécuritaire ne prenne sa vitesse de croisière au lendemain du coup d’Etat militaire du 22 mars dernier. Mais le régime d’alors savait ce qui se jouait ou du moins se planifiait au Nord. Alors pour protéger certaines envies de mauvais augure, les raisons du rebondissement de la rébellion dans le Nord ont été renvoyées aux calendes grecques. En tout cas, le procès-verbal du rescapé d’un enlèvement par des hommes « blancs » dans une localité du Nord (dont nous détenons une copie) en dit long sur les dessous de ce malaise national aujourd’hui devenu une préoccupation internationale. L’affaire de l’audition de ce rescapé date du 1er février 2011, c’est-à-dire trois jours après qu’il soit parvenu à s’enfuir et près d’un an avant les premières attaques des rebelles touaregs le 17 janvier dernier. Cette confidence décrypte le fait que le libertinage ayant pignon sur rue dans les localités du Nord, l’ennemi avait eu le temps de mieux mener ses prospections. Et le régime d’alors, après l’abandon des populations du Nord, s’est finalement fait surprendre par les événements.

Un extrait du récit du rescapé

« Le samedi, 28 janvier 2012, mon père m’a demandé d’accompagner, sur ma moto, mon frère berger qui était venu s’approvisionner au village. Notre destination était la plaine de Sangué, espace pastoral situé derrière les collines du village de Tintara. Chemin faisant, aux environs de 15 heures, nous avons croisé une colonne de véhicules de guerre. C’est des véhicules 4X4, et j’ai dénombré environ 17. Il y a, dans ce nombre, des chars et des motos. A bord des véhicules, il y a des hommes « blancs », tous armés. Ils nous ont immédiatement interpelés et nous ont interrogés sur les raisons de notre présence sur ces lieux. Nous avons été ensuite dépossédés de notre moto qu’un d’entre eux a enfourchée immédiatement. Ils nous ont ensuite embarqués sur un de leurs véhicules et le convoi a pris la route menant vers Niafunké. A quelques kilomètres de la ville que nous apercevons d’ailleurs, quelques hommes sont descendus pour observer la ville avec des jumelles. Aux environs de 17 heures, le convoi a mis le cap sur les collines de Taoula. Nous sommes restés là jusqu’au coucher du soleil et après, par petits groupes, les véhicules ont été dispersés dans une zone boisée pour les dissimuler. Au départ, il y avait 16 ou 17 véhicules, mais d’autres véhicules venaient continuellement grossir le nombre existant. Quand je les quittais, je pense qu’il y avait entre 50 et 60 véhicules. Le groupe est très mobile et ne reste pas longtemps sur un même site. Dans la journée, les véhicules sont toujours camouflés dans les touffes pour échapper au repérage des avions que j’ai eu l’occasion d’apercevoir. Chaque véhicule contient deux fûts et une dizaine d’hommes. Je ne peux affirmer ce que contiennent les fûts. Les motocyclistes sont une dizaine à peu près. Pendant mon séjour, j’ai constaté que ceux-ci se déplaçaient constamment vers les villages. Je pense qu’ils ont une mission de renseignements et d’approvisionnement. Ils ya des barbus dans le groupe d’hommes armés qui se distinguent nettement des autres membres du groupe. Il y a aussi des kel tamasheqs noirs. Le lendemain de notre capture, ils nous ont proposé de les suivre. Ils nous ont même donné des tenues militaires. Je leur ai dit que mon père était âgé et qu’il n’y avait personne pour s’occuper de lui. Cet argument ne tenait pas à leurs yeux. J’ai pu m’enfuir après trois jours de captivité. Mon frère, lui, est toujours entre leurs mains. Je suis persuadé qu’ils occupent toujours cette position située à environ 17 kilomètres de Niafunké. Je suis ferme sur le nombre d’hommes présents dans la zone quand je m’enfuyais : ils sont plusieurs centaines ». Ne sachant pas signer, il appose son index gauche au bas de sa déposition.

Alors questions : qui sont ces hommes blancs ? Et qui faisaient-ils pendant ce temps dans cette zone ? Le régime d’ATT ignorait-il la présence de ces hommes dans la localité ? Enfin, où se trouve aujourd’hui le jeune rescapé qui a livré ces confidences aux autorités de sa commune rurale ? Autant d’interrogations qui resteront sans réponses parce que les ennemis d’hier veulent se ressaisir, du moins reconstruire sur les ruines de leurs prédécesseurs et donner au continent africain une nouvelle image de leur fameuse diplomatie.

Serge Lath

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