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Discours de l’Ambassadeur Issa KONFOUROU, Représentant permanent du Mali auprès des Nations Unies, à l’examen du rapport du Secrétaire général de l’ONU sur la situation au Mali
Publié le mercredi 12 avril 2023  |  aBamako.com
Sommet
© AFP par DR
Sommet international de l`onu sur le Sahel
Mercredi 26 septembre 2012. New York (Nations unies)
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New York, le 12 avril 2023

Monsieur le Président,
• Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,
• Monsieur le représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies
au Mali, Chef de la MINUSMA, Mesdames, Messieurs,

1- Je commence par vous adresser, Monsieur le Président, les chaleureuses félicitations de la délégation du Mali pour l’accession de votre pays, la Russie, pays ami et partenaire stratégique du Mali, à la présidence du Conseil de sécurité pour ce mois d’avril 2023.

2- Le Gouvernement du Mali prend note du rapport du Secrétaire général sous examen et je remercie Monsieur El-Ghassim WANE, Chef de la MINUSMA, pour sa
présentation et les mises à jour depuis sa publication.

3- Les observations détaillées du Gouvernement du Mali figurent dans le Mémorandum communiqué à cet Auguste Conseil. Je voudrais à présent faire quelques remarques sur les questions évoquées dans le rapport et sur vos commentaires que j’ai écoutés avec attention.

4- D’abord, au plan politique, je suis heureux de constater que le Secrétaire général a reconnu les immenses progrès enregistrés dans ce domaine. En effet, outre les conséquences de l’intervention militaire en Libye dont les effets continuent d’être ressentis, les autorités de la Transition restent bien conscientes des autres causes qui ont accentué la crise multidimensionnelle que le Mali traverse depuis plus d’une dizaine d’années. C’est la raison pour laquelle le Gouvernement s’attèle, dans le cadre d’un processus transparent et inclusif, à la mise en œuvre des réformes politiques, institutionnelles et électorales nécessaires à la refondation de l’Etat du Mali.

5- A cet égard, Son Excellence Le Colonel Assimi GOITA, Président de la Transition, Chef de l’Etat a validé, le 16 mars 2023, puis présenté aux forces vives de la nation, le 20 mars courant, le projet finalisé de la nouvelle constitution de la République du Mali. Le referendum prévu à cet effet a été différé en vue d’introduire la carte nationale d’identité biométrique sécurisée pour prévenir les risques de fraude,créer les conditions pour la participation effective de tous les citoyens aux consultations électorales et réduire le temps nécessaire à l’opérationnalisation des démembrements de l’Autorité indépendante de gestion des élections afin de respecter le délai de la Transition. Le Gouvernement procède actuellement à la vulgarisation du projet de constitution auprès des populations maliennes.

6- Concernant l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger, nonobstant quelques difficultés liées à la décision unilatérale de la CMA et de la Plateforme de suspendre leur participation aux mécanismes de suivi de l’Accord, je puis vous assurer de l’engagement du Gouvernement à poursuivre sa mise en œuvre efficiente et intelligente, notamment avec les Mouvements de l’Inclusivité, également signataires de l’Accord, en attendant que nos autres frères nous rejoignent dans le processus de paix.

7- Participent de cette dynamique la réorganisation territoriale et l’adoption en Conseil des ministres, le 29 mars 2023, de projets de décret visant à améliorer le fonctionnement de la Commission nationale de Désarmement-Démobilisation- Réinsertion et de la Commission nationale d’Intégration. Je rappelle qu’à ce jour, ce sont 2 750 ex-combattants qui ont été réintégrés dans les forces de défense et de sécurité nationales.

8- Par ailleurs, suite au dépôt du rapport final, en fin 2022, de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation, le Conseil des Ministres a adopté, le 1ermars 2023, les textes relatifs à la création de l’Autorité de Gestion des Réparations en faveur des Victimes des Crises depuis 1960. Ceux relatifs au Centre pour la Promotion de la Paix et de l’Unité suivent le circuit d’adoption.

9- C’est le lieu pour moi d’adresser nos remerciements à la Médiation internationale, particulièrement à son chef de file, la République soeur d’Algérie. Nous prenons bonne note des récentes propositions de la Médiation pour la relance du processus de paix et réitérons notre disponibilité à travailler avec elle pour restaurer la paix et la stabilité dans mon pays.

Monsieur le Président,

10- Au plan sécuritaire, les Forces armées et de sécurité du Mali poursuivent leurs offensives contre les organisations terroristes et des résultats très encourageants ont été obtenus. Plusieurs dizaines de terroristes ont été neutralisées, leurs sanctuaires détruits et de grandes quantités de matériels de guerre saisies ou détruites. Aussi, durant la période sous examen, plusieurs dizaines de terroristes ont été interpellés et mis à la disposition de la justice, parallèlement à la reddition volontaire de nombreux terroristes dans les régions du Centre. Ces actions ont également permis, comme le souligne le rapport du Secrétaire général, de renforcer la présence de l’Etat sur le territoire, de lever le blocus et l’emprise terroriste sur certaines localités dans les régions du Nord et du Centre, et de favoriser la fourniture des services sociaux de base aux populations, y compris la réouverture de certaines écoles dans les zones encore affectées par l’insécurité.

11- Ces opérations sont menées dans le strict respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire, conformément à nos valeurs humanistes ancestrales et par devoir envers nos populations.

12- Dans la même optique, le Premier ministre, Chef du Gouvernement a procédé, le 17 mars 2023, au lancement officiel de la Stratégie de stabilisation du centre dont la mise en œuvre constitue une priorité du Gouvernement.

13- Sur la question des droits de l’homme, à travers le retour progressif de l’Etat dans les localités libérées des emprises terroristes, le Gouvernement s’emploie à réduire les violations des droits de l’homme, qui sont, faut-il le rappeler, perpétrées essentiellement par les groupes armés terroristes.

14- A cet égard, le dispositif institutionnel a franchi une étape cruciale, avec la création, le 1er février 2023, de la Direction nationale des droits de l’homme, qui est, entre autres, chargée de coordonner les politiques publiques des droits de l’homme et de veiller à la mise en place des mesures de prévention des violations et abus des droits de l’homme.

15- Le Gouvernement travaille, dans le même temps, à lutter contre l’impunité, comme en atteste, si besoin était, la condamnation par la Cour d’assises de Bamako, le 24 janvier dernier, d’une personne reconnue coupable d’une attaque ayant coûté la vie à 5 Casques bleus et une personne civile, le 22 janvier 2019.

16- Je puis vous assurer que le Gouvernement continuera d’œuvrer inlassablement pour la protection et la promotion des droits de l’homme ainsi que le respect du droit international humanitaire sur notre territoire. Cependant, le Mali se dressera avec la même énergie contre toute utilisation de la question à des fins politiques ou de déstabilisation.

17- Vous avez entendu tout à l’heure l’Ambassadeur de France parler avec détermination de la situation des droits de l’homme au Mali. Je voudrais vous dire qu’il a eu une mémoire sélective, lorsqu’il a parlé spécifiquement du cas de Moura. L’Ambassadeur de France se rappellera que dans le rapport de la Commission d’Enquête internationale sur le Mali, plusieurs paragraphes sont consacrés aux violations des droits de l’homme sur les populations maliennes par les Forces françaises. J’aurais aimé qu’il ait la même détermination à évoquer cela.

18- Deuxièmement, j’aurais aimé que l’Ambassadeur de France, s’il n’avait pas la mémoire sélective, dise à ce Conseil, qu’en janvier 2021, les Forces françaises ont transformé une célébration de mariage en deuil national au Mali, à Bounty. J’aurais bien aimé, s’il n’avait pas la mémoire sélective, qu’il dise à ce Conseil les efforts qu’ils ont fait pour donner suite aux deux rapports qui ont été publiés, pour ne prendre que ces deux exemples.

19- J’ai entendu autour de cette table plusieurs interpellations, y compris de mon voisin de l’Equateur. Je voudrais dire ceci : le Mali a très peu de leçon, sinon pas du tout de leçon à recevoir d’un pays qui est également interpellé par rapport aux violations des droits de l’homme. La liberté d’expression, la liberté de se réunir, les persécutions contre les journalistes, les persécutions contre les procureurs et les juges sont monnaie courante dans votre pays.

20- N’ayons pas la mémoire sélective concernant les droits de l’homme, ils sont valables pour nous tous. Je voudrais rassurer que nous restons déterminés à travailler avec vous à l’amélioration de la situation des droits de l’homme mais nous sommes opposés à la politisation et à la stigmatisation concernant cette question spécifique.

21- Malgré les efforts immenses déployés par le Gouvernement, la situation humanitaire est tributaire des attaques perpétrées par les groupes terroristes et de certains facteurs exogènes, tels que la situation internationale et les effets du changement climatique. Les besoins en financement ne sont couverts qu’à hauteur du tiers, alors même que le cours des denrées de première nécessité ne cesse d’augmenter sur les marchés mondiaux.

22- Le Gouvernement du Mali, en ce qui le concerne, s’engage à redoubler d’efforts pour répondre aux besoins humanitaires de nos compatriotes en situation de vulnérabilité, y compris les déplacés internes et les réfugiés, conformément à la Politique nationale d’Action Humanitaire. D’où mon appel pour une solidarité internationale plus accrue en faveur du Mali.

23- Sur les défis opérationnels, suivant les chiffres fournis par le Secrétaire général, les demandes de mouvements de la MINUSMA sont satisfaites à hauteur de 75%. Ainsi, contrairement à ce qui est véhiculé, il n’existe aucune volonté de restriction des mouvements de la MINUSMA, car les demandes de mouvements de la Mission non autorisées ne respectaient pas la procédure convenue entre les deux parties. Nous invitons la MINUSMA à travailler plus étroitement avec les autorités maliennes compétentes, à travers le Cadre de concertation mis en place à cet effet pour la sécurité de tous.

24- Abordant l’avenir de la MINUSMA, je voudrais appeler votre attention sur le fait que les conclusions du rapport sur l’examen interne de la MINUSMA ne sont pas à la hauteur des attentes du Gouvernement et des populations maliennes. Cependant, le Gouvernement reste ouvert au dialogue sur cette question spécifique.

25- Dans le même ordre d’idées, je souligne que le Gouvernement du Mali, par lettre en date du 1er mars 2023, a expressément demandé le changement de porte-plume surtout dossier concernant le Mali devant le Conseil de sécurité, en raison de nombreux faits, documentés, dont la France s’est rendue coupable vis-à-vis de mon pays. Je sais pouvoir compter sur la sagesse du Conseil de sécurité pour donner une suite aux attentes du Mali et faciliter ainsi notre engagement, notamment lors des négociations sur le renouvellement du mandat de la MINUSMA, qui débuteront prochainement.

Monsieur le Président,

26- Pour terminer, je voudrais dire que le Mali est confronté à de nombreux défis mais le peuple malien, dans sa grande capacité de résilience, a décidé de se tenir débout pour prendre son destin en main et éviter les erreurs du passé, afin de retrouver sa cohésion d’antan et la stabilité nécessaire à un développement durable.

27- Fier de l’appui du peuple, le Gouvernement reste déterminé à faire aboutir les réformes politiques et institutionnelles en cours, y compris la tenue du referendum et des élections générales, en vue de conjurer l’instabilité politique, institutionnelle et sécuritaire que notre pays connaît depuis quelques années.

28- Parallèlement, les forces de défense et de sécurité maliennes intensifient les actions offensives pour défendre le territoire national et pour protéger les populations et leurs biens.

29- Je souhaite que nos partenaires fassent montre d’une plus grande compréhension et d’accompagnement des choix souverains du peuple malien et de son Gouvernement, qui reste disposé à coopérer avec tous ceux qui le souhaitent, sous réserve du respect des principes qui guident l’action extérieure du Mali.

30- J’adresse mes sincères remerciements à tous les amis du Mali, bilatéraux comme multilatéraux, pour leur soutien appréciable à nos efforts de sortie de crise.

31- Enfin, je m’incline devant la mémoire de toutes les victimes de la crise malienne, civiles comme militaires, maliennes comme étrangères, tombées sur champ d’honneur. J’ai une pensée particulière en ce moment pour nos frères sénégalais qui ont perdu la vie récemment au Mali en nous aidant à avoir la paix.

Je vous remercie de votre aimable attention.
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